Au RD-Congo, le président Tshisekedi en difficulté

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Des partisans du parti présidentiel (UPDS) ont exprimé, dans la rue, leur opposition à un projet de loi porté par le parti de l’ancien président Kabila (FCC). La position du président élu se fragilise de plus en plus au profit du FCC.

L’agitation a gagné les abords du Palais du peuple, siège des deux chambres du Parlement congolais, à Kinshasa.

Mardi 23 et mercredi 24 juin, des opposants à la réforme judiciaire proposée par la plateforme proche de l’ancien président Kabila – le Front commun pour le Congo (FCC), majoritaire dans ces deux chambres – se sont mobilisés pour exprimer leur désaccord contre trois propositions de loi sur la justice, obligeant les forces de l’ordre à intervenir à deux reprises.

Selon un communiqué publié jeudi 25 juin par le commissariat provincial de la police national congolaise (PNC), 18 personnes ont été blessées, dont 15 policiers et 3 manifestants.

La réforme portée par le FCC permettrait à l’exécutif de contrôler encore plus le pouvoir judiciaire en autorisant le garde des Sceaux à signaler une faute commise par un magistrat. Les manifestants sont des proches de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), le parti d’origine du président Tshisekedi.

 

Un contexte politique de plus en plus explosif

Si ces derniers se mobilisent pour défendre la séparation des pouvoirs entre l’exécutif et le judiciaire, ils s’attaquent surtout, sans le dire ouvertement, à la mainmise du FCC sur la RD-Congo.

Deux semaines plus tôt, le premier vice-président de l’Assemblée nationale, Jean-Marc Kabund (UPDS), a été sèchement déchu par les élus du FCC.

 

Vital Kamerhe lors de son procès à Makala

Pire, le propre chef du cabinet de Félix Tshisekedi, Vital Kamerhe a été condamné, ce dimanche 24 juin, à 20 ans de travaux forcés pour avoir détourné plus de 50 millions de dollars (44,7 millions d’euros) destinés à l’érection des 1 500 maisons préfabriquées du programme d’urgence de 100 jours du nouveau président. Un coup dur pour ce dernier car il perd, avec la condamnation de son chef de cabinet, son principal allié au sein du Mikado congolais. Le voici, désormais, bien seul face à la superpuissance politique que représente le FCC de Joseph Kabila.

 

Otage de Kabila

Pour rappel, le président Felix Tshisekedi a été obligé de nouer un partenariat avec le parti de Joseph Kabila pour ne pas être mis en minorité au Parlement.

Un accord qui l’a contraint à lui donner des postes nombreux et importants au sein du gouvernement. Un choix qui a entraîné des frustrations dans son propre camp. Et qui interroge sur sa véritable marge de manœuvre comme président : pour beaucoup de Congolais comme son principal concurrent Martin Fayulu, Félix Tshisekedi, est l’otage et la marionnette de Joseph Kabila. Un reproche si présent qu’il est lui-même obligé de le démentir comme en septembre dernier, lors de son premier voyage en Belgique : « Je ne suis pas la marionnette de Kabila mais son allié », s’est-il défendu devant des journalistes de la VRT.

 

Attaqué sur les frais de fonctionnement de l’État

Alors que le pays est en pleine récession économique, le rapport d’exécution du budget au premier trimestre pointe la part des recettes de l’État au financement de ses institutions : 63 %.

En cause, l’armée de ministres, de vice-ministres et de conseillers d’État, nommés par le président Tshisekedi, obligé de distribuer des postes à ses partenaires, en premier lieu à ceux du FCC. Des révélations qui s’ajoutent à celles de l’affaire Kamerhe : une affaire qui a montré, au mieux, le peu de contrôle du président congolais sur le décaissement des fonds publics. Une bonne nouvelle, cependant pour les Congolais, dans ce contexte troublé : l’Est de la République Démocratique du Congo a déclaré la fin de l’épidémie d’Ebola dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, ce jeudi 25 juin.

Laurent Larcher, ( LaCroix)

 

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