À Beni, chef-lieu provisoire du Nord-Kivu, les rivières autrefois utilisées pour la lessive, la vaisselle ou l’irrigation se transforment progressivement en dépotoirs à ciel ouvert. Dans plusieurs quartiers, les déchets ménagers et plastiques sont désormais déversés directement dans les cours d’eau, une pratique qui alarme les services de l’environnement et les spécialistes de la santé.
Au bureau de la Coordination de l’Environnement, le constat est sans appel. Selon Adirodu Buyo Moïse, chargé de l’administration et des finances, la pollution actuelle résulte d’une disparition progressive des bonnes habitudes.
« Il s’est avéré qu’à Beni, il y a une mauvaise gestion des déchets ménagers et même industriels. Beaucoup de ménages n’ont même plus de poubelles dans leurs parcelles », explique-t-il.
Il rappelle qu’entre les années 1990 et 2000, chaque parcelle disposait d’une poubelle derrière la maison, ce qui limitait la dispersion des déchets. Aujourd’hui, l’absence de ces réceptacles pousse de nombreux habitants à se débarrasser de leurs ordures dans les rues et les rivières. À cela s’ajoute une forte croissance démographique.
« Il y a un boom de la population. Plus il y a d’habitants, plus il y a de déchets. Mais la culture de gestion n’a pas suivi », souligne-t-il.
Les conséquences sont déjà visibles sur plusieurs rivières, notamment Tuha, Kilokwa, Biautu et Munyabelu. « La pollution entraîne des maladies d’origine hydrique, ralentit l’écoulement des eaux, crée des risques de débordement et favorise la prolifération des moustiques », prévient-il.
Par ailleurs, il rappelle que la loi 11/009 du 9 juillet 2011 prévoit des amendes contre toute personne qui jette des déchets dans un espace non autorisé, mais reconnaît que son application reste quasi inexistante.
Dans les quartiers, certains habitants admettent jeter leurs ordures dans les rivières. Kambele Muviswa, rencontré au bord de la rivière Biautu, confie : « Moi, je jette mes déchets dans la rivière, surtout pendant la saison des pluies. En saison sèche, ça pose beaucoup de conséquences. Je pense que ceux qui font cela en saison sèche devraient arrêter ».
Un aveu qui illustre le manque d’alternatives pour de nombreuses familles. Pour le docteur Kambale Mwaka, enseignant en santé publique à Open Learning University, cette pollution expose gravement la population.
« Les maladies les plus courantes sont les diarrhées, le choléra, les gastro-entérites, la giardiase et même la schistosomiase. Toutes sont liées à l’utilisation d’eaux souillées », explique-t-il.
Les populations vivant près des rivières sont les plus exposées : « Les mamans qui lavent la vaisselle, font la lessive ou lavent les enfants dans ces rivières utilisent des eaux déjà contaminées », alerte-t-il.
Le spécialiste regrette également l’absence d’une véritable éducation sanitaire au sein de la communauté : « L’éducation sanitaire n’est pas bien structurée. C’est ce vide qui a laissé les mauvaises pratiques s’installer ».
Pour les intervenants, plusieurs actions peuvent être mises en œuvre rapidement : installer une poubelle dans chaque parcelle comme autrefois, renforcer la sensibilisation dans les quartiers et les marchés, créer un site officiel de gestion des déchets pour remplacer les dépotoirs sauvages, et appliquer réellement les sanctions prévues par la loi.
Tant que les déchets continueront d’être déversés dans les rivières, la ville restera exposée aux risques d’inondations, à la propagation des maladies hydriques et à une dégradation accélérée de l’environnement. Les spécialistes appellent à une réaction urgente : restaurer les anciennes pratiques, assainir les quartiers et protéger les cours d’eau avant que la situation ne devienne irréversible.
Gloire TSONGO/ Beni