La province du Haut-Lomami, située à plus de 500 kilomètres au nord de Lubumbashi, est plongée dans une crise politique marquée par un conflit de leadership au sein de l’exécutif provincial. Le vice-gouverneur, Rosen Mwenze wa Kadilo, et le ministre provincial des Infrastructures, Venance Mutombo, revendiquent chacun la gestion des affaires courantes de la province.
Selon Deta Mukanya, coordonnateur de la société civile de Kamina, cette situation découle du rejet par l’Assemblée provinciale du projet d’édit budgétaire du gouvernement provincial. À la suite de ce rejet, le gouverneur Marmon Banza Mulume et son vice-gouverneur ont été convoqués à Kinshasa par le vice-Premier ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, pour des consultations. Avant son départ, le gouverneur avait confié l’intérim au ministre provincial des Infrastructures.
À son retour, le vice-gouverneur aurait toutefois refusé de reconnaître cette délégation, tandis que le gouverneur continuerait, selon plusieurs sources, à intervenir dans la gestion de la province en coulisses, accentuant ainsi la confusion institutionnelle.
La société civile dénonce une situation qu’elle qualifie de préoccupante dans une province déjà enclavée. Elle appelle à l’implication directe du ministère de l’Intérieur afin de mettre un terme à ce qu’elle considère comme un bicéphalisme institutionnel et de rétablir la stabilité, estimant que la population a davantage besoin de paix et de développement que de querelles de légitimité.
En décembre 2025, l’Assemblée provinciale avait déclaré le gouvernement de Marmon Banza Mulume démissionnaire après avoir jugé irrecevables deux projets d’édits budgétaires, le budget rectificatif 2025 et le budget 2026 lors de la séance plénière du 11 décembre.
Selon le rapporteur de l’Assemblée provinciale, Senghor Kabondo Sengwa, ce rejet a été effectué en toute responsabilité, conformément à l’article 12 du règlement intérieur. Il évoque plusieurs irrégularités, notamment le gonflement des dépenses de fonctionnement, une augmentation jugée excessive des fonds secrets de recherche (110 %), ainsi que le dépôt tardif des documents budgétaires, ne permettant pas leur examen dans les délais légaux.
À ce jour, l’autorité effective à la tête de la province demeure incertaine. Dans un communiqué largement relayé sur les réseaux sociaux, le vice-gouverneur a sommé le ministre des Infrastructures de lui remettre la gestion de la province et de cesser toute action au nom du gouvernement provincial à partir du lundi 26 janvier. Une injonction rejetée par Venance Mutombo, qui s’est présenté au gouvernorat accompagné de militants et sympathisants de son parti, Agissons pour la République (AREP), affirmant que la remise et reprise ne s’effectuerait qu’en présence du gouverneur Marmon Banza Mulume.
Guillaume MABALA