La chute du prix du cacao sur le marché international a plongé de nombreux acteurs du secteur dans une situation financière préoccupante à Oïcha et dans les localités environnantes du territoire de Beni, au Nord-Kivu.
Ce vendredi, l’Union des négociants des produits agricoles au Congo (UNEPROAC), section d’Oïcha, a évoqué des incompréhensions au sein de la communauté, principalement liées aux dettes accumulées et à l’incapacité de certains acheteurs d’honorer leurs engagements financiers.
L’organisation appelle à l’apaisement et au dialogue afin d’éviter toute escalade de tensions communautaires.
Selon Kakule Kikuthika Seth, président de l’UNEPROAC section d’Oïcha, la baisse du prix du cacao observée depuis plusieurs mois n’est pas d’origine locale. Il s’agit, explique-t-il, d’une fluctuation normale du marché international, caractérisée par un déséquilibre entre l’offre et la demande.
Il rappelle qu’avant cette chute, le kilogramme de cacao sec se négociait autour de 4,5 dollars américains, contre 1,7 à 1,8 dollar actuellement, soit une baisse significative qui fragilise l’ensemble de la chaîne commerciale locale.
« Le prix du cacao a baissé sur le marché international, c’est-à-dire que les offres sont devenues beaucoup plus nombreuses que les demandes. C’est pourquoi il y a cette baisse. Mais lorsque les demandes redeviendront supérieures aux offres, la situation pourra changer. Soyons patients et continuons à travailler malgré cette conjoncture. Même s’il y a des dettes, avançons progressivement. Nous allons y arriver petit à petit jusqu’à l’amélioration de la situation », a-t-il déclaré.
Son conseiller, Mathe Kilolo, représentant de l’UNEPROAC dans le territoire de Beni, partage cette analyse. Il souligne que le commerce international demeure imprévisible et dépend largement des marchés extérieurs.
Il appelle les acteurs de la filière à ne pas céder au découragement malgré la forte baisse des revenus.
« Le prix du cacao a baissé et nous devons comprendre que le commerce peut basculer d’un état à un autre. Lorsque le cacao devient très abondant à l’étranger, les acheteurs en demandent moins et les prix baissent. Quand la demande augmentera à nouveau, les prix pourront remonter. Ne nous décourageons pas. Continuons à cultiver et à protéger nos cacaoyers, même si les prix sont actuellement bas », a-t-il insisté.
À Oïcha et dans plusieurs agglomérations du territoire de Beni, cette situation a déjà engendré des tensions. Les retards de paiement affectent directement les producteurs, tandis que des différends sont également signalés entre acheteurs.
Face à cette réalité, Mathe Kilolo appelle à la retenue et invite les parties prenantes producteurs et acheteurs à privilégier le dialogue avant toute action judiciaire.
« Ne créons pas de tensions dans la communauté face à cette réalité. Si vous êtes acheteur et que vous avez contracté une dette, cherchez des solutions pour rembourser, même partiellement. Nous souhaitons que les concernés viennent d’abord au bureau de l’UNEPROAC avant de recourir à la police. Nous pouvons tenter de trouver des solutions ensemble avant l’intervention des autorités », a-t-il ajouté.
La chute des prix est intervenue alors que plusieurs acheteurs avaient déjà contracté d’importantes dettes auprès des producteurs et de leurs partenaires commerciaux. Beaucoup se retrouvent aujourd’hui dans l’incapacité de rembourser.
Selon des sources locales, certains opérateurs seraient contraints de vendre leurs biens de valeur, tandis que d’autres font face à des procédures judiciaires. Une source au sein de la Police nationale congolaise (PNC) à Oïcha indique que plusieurs dossiers sont actuellement en cours d’instruction devant les instances judiciaires locales. Dans certains cas, en l’absence de débiteurs en fuite, des témoins ou des personnes liées aux garanties seraient interpellés par la justice.
Gloire TSONGO/Beni