Les activités commémoratives de la Journée nationale du Genocost, célébrée chaque 2 août en République démocratique du Congo en mémoire des victimes des massacres perpétrés depuis 1996 dans l’Est du pays, ont débuté ce samedi 1er août 2026 à Rwangoma, un quartier de la commune de Mulekera, dans la ville de Beni (Nord-Kivu).
La première journée a été consacrée aux travaux de nettoyage et d’entretien du cimetière de Rwangoma, où reposent plusieurs victimes du massacre du 13 août 2016 perpétré à Mbelu. Autorités politico-administratives, représentants de la société civile, familles des victimes et habitants ont pris part à cette activité de recueillement.
Le chef du quartier Rwangoma, Thembo Mwanawavene, a indiqué qu’il reste difficile d’établir le nombre exact des victimes de cette tragédie, en raison de l’ampleur des tueries enregistrées à l’époque. Il a appelé les autorités et la population à s’impliquer davantage dans la recherche d’une paix durable.
« Le bilan était scandaleux. En tout cas, pour estimer le nombre, c’était difficile parce qu’on voyait des véhicules de marque Land Cruiser avec plusieurs corps à l’intérieur. Ces derniers étaient couverts de bâches. Dire qu’on va estimer le bilan, c’est vraiment difficile parce que tout ce quartier était vidé. (…) Nous voulons que tout le monde s’implique, chacun à son niveau, pour le retour de la paix. Voyez-vous ici où nous sommes, c’est une brousse, pourtant c’était habité. Les gens ont déjà fui totalement », a-t-il témoigné.
Dix ans après ces massacres, plusieurs rescapés continuent de porter la mémoire des victimes et de rappeler les événements tragiques vécus par les habitants de Mbelu. Au cours de la cérémonie, certains survivants ont livré leurs témoignages sur cette journée qui reste gravée dans leurs mémoires.
« C’est dans ce cimetière que vous voyez trois personnes enterrées, là encore trois personnes et ici en bas trois autres. Donc ici, il y a neuf personnes du 13 août 2016. Ces corps avaient été retrouvés ici. Moi-même, j’avais fui. C’est une journée inoubliable dans ma vie », a témoigné un rescapé.
Face aux souvenirs douloureux évoqués par les victimes, le bourgmestre de la commune de Mulekera, le commissaire supérieur principal Dieudonné Ngongo Mayanga, a appelé à une mobilisation collective entre la population et les services compétents afin de prévenir de nouvelles violences dans la région.
« En suivant les témoignages, on nous a fait voir les souffrances de la population et celles des rescapés de ces massacres. Ce qui s’est passé à Rwangoma en 2016 doit nous servir de leçon. Il faut empêcher que de tels actes se reproduisent. Nous devons créer une synergie d’efforts pour barrer la route à ces tueries », a déclaré le bourgmestre.
Pour sa part, la société civile de la commune de Mulekera estime que le retour des habitants dans leurs villages demeure conditionné par l’amélioration de la situation sécuritaire.
Delphin Kasereka Katsetse, acteur de la société civile, a demandé aux autorités de renforcer la présence des forces de sécurité afin de rassurer les populations déplacées.
« Comme activiste de la société civile, je remercie d’abord les autorités de sécurité d’être venues constater le lieu où le massacre des civils s’était produit. Je demande également que la sécurité soit davantage renforcée afin que la population retrouve confiance et puisse retourner dans son milieu », a-t-il déclaré.
Les activités du Genocost se poursuivront ce dimanche 2 août avec un culte œcuménique, avant le dépôt de gerbes de fleurs par les autorités au cimetière de Kipriani, en hommage aux victimes des massacres.
Gloire Tsongo / Beni