Chaque mois de novembre, l’apparition des sauterelles, très prisées dans la région de Beni, entraîne une intense activité de ramassage nocturne au village de Nzenga, dans le secteur de Ruwenzori, territoire de Beni, province du Nord-Kivu. Attirés par de puissantes lumières utilisées pour piéger ces insectes, parents et enfants passent des heures dehors, certains dormant même à la belle étoile pour maximiser les récoltes destinées à la consommation ou au commerce local.

Cependant, ces lieux de ramassage sont devenus, ces dernières semaines, des espaces à risque, où plusieurs cas de viols sur des jeunes filles ont été signalés. Selon les responsables locaux, ces actes sont commis la nuit par des personnes non identifiées.
Le chef du village de Nzenga, Kayenga Matete, qui a tiré la sonnette d’alarme, rapporte avoir constaté plusieurs violences sexuelles visant des filles âgées d’au moins 10 ans. Il explique :
« Dans mon entité Nzenga, il y a un problème lié au ramassage des sauterelles. Les parents et les enfants dorment à l’extérieur pour participer aux récoltes. Le problème, c’est que les enfants commencent à être violés dans les brosses la nuit. Il y a plusieurs cas, surtout chez les enfants de 12 ans au plus. Les auteurs s’enfuient après leur forfait, mais les parents de ces enfants sont connus. »
Face à cette situation, il a désormais interdit la participation des enfants au ramassage nocturne : « Je demande aux autres parents de veiller sur leurs enfants. Il n’est pas bon que ton enfant sorte la nuit. Ce sont eux le Congo de demain. Que les piégeurs de sauterelles puissent chaque fois refouler les enfants de ces lieux. »
Le Parlement des enfants du secteur de Ruwenzori, par la voix de son président Baraka Syahikomia, critique vivement le comportement de certains parents qui ne veillent pas suffisamment à la sécurité de leurs enfants.
« Nous avons identifié plusieurs dangers auxquels ces enfants sont exposés. Mais malheureusement, certains parents n’écoutent pas nos conseils et font ce qu’ils veulent. Aujourd’hui, nous en voyons les conséquences : violences, grossesses non désirées. »
Il appelle les services de sécurité à agir rapidement : « Nous demandons aux services de sécurité de nous aider à protéger les enfants. Et aux parents, de ne pas autoriser leurs enfants à aller ramasser des sauterelles la nuit. Mieux vaut acheter une petite quantité pour 1 000 francs que de prendre des risques très, très dangereux. »
Le rappel de vigilance a également été fait lors de la parade du lundi 24 novembre au bureau du secteur de Ruwenzori. Les autorités ont insisté sur le fait que la responsabilité ne repose pas uniquement sur le vagabondage des enfants, mais aussi sur l’irresponsabilité de certains parents qui les laissent circuler librement la nuit, les exposant ainsi à la délinquance.
Gloire Tsongo / Beni