Conférence sur le Protocole de Maputo : des chiffres alarmants sur la mortalité maternelle et les avortements non sécurisés en RDC

La première journée de la Conférence nationale consacrée à la mise en œuvre du Protocole de Maputo a été dominée par des exposés appuyés sur des données statistiques particulièrement préoccupantes pour la République démocratique du Congo.

Intervenant sur le thème des évidences relatives aux droits à la santé sexuelle et reproductive (SSR) et à l’avortement, la directrice du Programme national de santé de la reproduction (PNSR), Anne-Marie Ntumba, a rappelé que selon l’Organisation mondiale de la Santé, près de trois avortements sur quatre pratiqués en Afrique et en Amérique latine ne sont pas réalisés dans des conditions sécurisées. Elle a précisé que les avortements non sécurisés sont responsables d’environ 4,7 % des décès maternels enregistrés chaque année dans le monde.

L’évolution des chiffres en Afrique subsaharienne illustre l’ampleur du phénomène. Le nombre annuel d’avortements y a doublé en l’espace de deux décennies, passant de 4,3 millions sur la période 1995-1999 à environ 8 millions entre 2015 et 2019. Cette situation s’explique en grande partie par les restrictions légales persistantes et par la stigmatisation sociale entourant la question de l’avortement.

La RDC figure parmi les six pays qui concentrent à eux seuls près de la moitié du fardeau mondial de la mortalité maternelle. Chaque année, environ 17 520 femmes congolaises perdent la vie à la suite de complications liées à la grossesse ou à l’accouchement, ce qui représente en moyenne 1 440 décès par mois, soit 18 par jour. Rapporté à l’heure, cela signifie que deux femmes meurent toutes les soixante minutes de causes évitables liées à la maternité.

Les intervenants ont souligné que l’application effective du Protocole de Maputo pourrait contribuer à infléchir significativement cette tendance. Présentant ce texte adopté le 11 juillet 2003 à Maputo, au Mozambique, et entré en vigueur le 25 novembre 2005, Me Arthur Matengo a rappelé qu’il constitue un instrument juridique majeur pour la protection des droits des femmes en Afrique. Son article 14 consacre notamment le droit des femmes à contrôler leur fertilité, à choisir leur méthode de contraception et à accéder à des services de santé prénataux et postnataux de qualité, tout en garantissant la protection contre les infections sexuellement transmissibles et le VIH/sida.

De son côté, le coordonnateur adjoint de la CEPFE, M. Tshika, a estimé que la RDC a réalisé des avancées notables depuis la ratification du Protocole en 2018, notamment à travers la révision du Code de la famille en 2016, la pénalisation renforcée des violences sexuelles et l’intégration des droits reproductifs dans le droit positif congolais, y compris l’encadrement légal de l’avortement médicalisé.

En définitive, si les réformes juridiques témoignent d’une volonté politique affirmée, les chiffres présentés lors de cette première journée rappellent l’urgence de traduire ces engagements en résultats concrets, afin de réduire durablement la mortalité maternelle et de garantir un accès effectif aux droits en matière de santé sexuelle et reproductive sur l’ensemble du territoire national.

Christiane EKAMBO

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