Face à son isolement diplomatique sur le Sahara, Alger cherche l’appui de Moscou

Après des discussions tenues récemment à Madrid autour du dossier du Sahara sous impulsion américaine, l’Algérie a intensifié ses contacts diplomatiques avec la Russie, dans un contexte marqué par une pression internationale croissante.

Les États-Unis affichent désormais leur volonté d’accélérer le règlement de ce différend régional, en s’appuyant sur la résolution 2797 du Conseil de sécurité, qui consacre l’initiative d’autonomie proposée par le Maroc comme cadre de référence. Cette orientation réduit considérablement la marge de manœuvre d’Alger, régulièrement appelée à assumer son rôle de partie concernée dans le processus.

La situation place les autorités algériennes dans une équation complexe. D’un côté, il devient difficile d’éviter les discussions internationales sur le dossier ; de l’autre, céder sur ce sujet reviendrait à abandonner un levier stratégique central dans la rivalité régionale avec Rabat.

À mesure que plusieurs capitales occidentales se rallient à l’option d’autonomie, la pression s’intensifie également sur le Front Polisario, soutenu par Alger. Ce contexte alimente le sentiment d’un isolement diplomatique progressif.

Dans ce climat, Alger a entrepris de réactiver son partenariat traditionnel avec Moscou. Peu après la séquence madrilène, l’ambassadeur algérien en Russie, Toufik Djouama, a été reçu par le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Alexander Alimov. Selon la partie russe, la question du Sahara figurait au centre des échanges.

L’objectif semble clair : tester la disposition de la Russie à peser dans les prochaines échéances diplomatiques, notamment au Conseil de sécurité.

Toutefois, la relation russo-algérienne apparaît moins fluide qu’auparavant. Lors de précédents débats onusiens, la Russie n’a pas bloqué l’adoption de la résolution 2797 et son chef de la diplomatie, Sergueï Lavrov, avait évoqué le plan d’autonomie marocain comme une « option réaliste ».

Cette évolution s’explique en partie par le repositionnement diplomatique d’Alger depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine. Soucieuse d’éviter des répercussions occidentales et de préserver ses intérêts économiques, l’Algérie a cherché à diversifier ses partenariats, notamment énergétiques, en direction de l’Europe et des États-Unis, une démarche perçue à Moscou comme une prise de distance.

Dans ce contexte, la Russie semble privilégier une approche plus nuancée, évitant de s’ériger systématiquement en contrepoids automatique au Conseil de sécurité. Ce rééquilibrage reflète une relation marquée par des intérêts parfois divergents et une confiance moins évidente qu’auparavant.

Reste à savoir si le rapprochement engagé ces derniers jours permettra à Alger d’obtenir un soutien plus affirmé ou si Moscou maintiendra une posture prudente sur ce dossier sensible, à l’intersection des rivalités régionales et des recompositions géopolitiques mondiales.

Christiane EKAMBO

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