Le Bureau conjoint des Nations Unies aux droits de l’homme (BCNUDH) tire la sonnette d’alarme sur l’utilisation persistante du viol comme arme de guerre en République démocratique du Congo. Dans un communiqué rendu public dimanche 8 mars 2026 à Kinshasa, l’agence onusienne indique que les femmes et les jeunes filles figurent parmi les premières victimes dans les provinces touchées par l’instabilité sécuritaire.
Des données publiées par le BCNUDH font état de 887 cas de violences sexuelles documentés en 2025, ayant fait 1 534 victimes.
« Une majorité écrasante des victimes sont des femmes (854) et des filles (672). L’est du pays demeure l’épicentre de cette tragédie, le Nord-Kivu et le Sud-Kivu concentrant à eux seuls près de 80 % des victimes documentées », peut-on lire dans le rapport.
Selon le BCNUDH, les groupes armés figurent parmi les principaux auteurs de ces violences, dont les conséquences se répercutent sur plusieurs générations.
« Les groupes armés sont responsables de 75 % des victimes, avec le Mouvement du 23 mars (M23) en tête (439 victimes), suivi des groupes Wazalendo, de la Coopérative pour le développement du Congo (CODECO), de divers groupes Maï-Maï, des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) et des Forces démocratiques alliées (ADF) », précise le BCNUDH.
Le Bureau note également avec préoccupation que des acteurs étatiques — notamment les FARDC, la PNC et l’ANR — sont impliqués dans 19 % des cas documentés.
Le BCNUDH met particulièrement en lumière les cas d’esclavage sexuel, où des femmes et des filles sont maintenues en captivité pendant de longues périodes, soumises à des viols répétés et à des grossesses forcées.
Dans plusieurs entités, les enfants nés de ces violences constituent une autre tragédie. Souvent rejetés par leurs familles ou leurs communautés, ces enfants vivent sans reconnaissance officielle à l’état civil et sont exposés à un risque accru de marginalisation, voire de recrutement par des groupes armés.
L’organisation dénonce également les limites de la prise en charge des survivantes.
« Si 70 % des victimes accèdent à des soins médicaux d’urgence, moins de 2 % bénéficient d’une prise en charge holistique, incluant un accompagnement juridique, psychologique et social. Ce fossé laisse des milliers de survivantes sans défense face à leurs traumatismes », déplore le BCNUDH.
Face à cette situation, le BCNUDH formule plusieurs recommandations.
Aux autorités nationales, il demande d’accélérer les poursuites judiciaires contre les auteurs de crimes graves et de garantir l’enregistrement systématique à l’état civil de tous les enfants nés du viol, afin de briser le cycle de l’exclusion.
Aux groupes armés, il exige de cesser immédiatement les hostilités, de libérer sans condition toutes les femmes et filles maintenues en captivité et de mettre fin à l’esclavage sexuel.
À la communauté internationale, le BCNUDH recommande de renforcer le soutien financier afin d’assurer une prise en charge complète et durable des survivantes, au-delà de la seule réponse d’urgence médicale.
Djiress BALOKI