La consommation abusive de boissons fortement alcoolisées par les jeunes inquiète de plus en plus les habitants d’Eringeti et de Baungatsu Luna, deux localités du groupement Bambuba Kisiki, en territoire de Beni (Nord-Kivu). La société civile locale, qui observe cette tendance depuis plusieurs mois, alerte sur les conséquences sociales et sanitaires d’un phénomène devenu préoccupant.
Une jeunesse en danger
Selon Asabha Lokibale Lingasa, premier vice-président de la société civile à Baungatsu Luna, de nombreux jeunes s’adonnent quotidiennement à l’ivresse au détriment des activités productives.
« Les garçons s’adonnent davantage à l’ivresse au lieu de travailler pour leur avenir. Dans un seul mois, nous pouvons perdre au moins quatre jeunes à Eringeti comme à Baungatsu Luna », déclare-t-il.
Il regrette également le manque d’implication des leaders juvéniles, censés encadrer cette frange de la population :
« Je ne sens pas vraiment l’action de ceux qui se disent présidents de la jeunesse. Leur rôle devrait être de sensibiliser, de montrer aux jeunes qu’ils sont l’avenir du pays. Mais hélas, nous observons un silence inquiétant ».
La société civile interpelle directement les autorités locales et administratives pour qu’elles prennent des mesures concrètes. Parmi les pistes évoquées figure la régulation de la vente d’alcool, notamment en interdisant la commercialisation de ces produits tôt le matin.
« Que ce soit les commerçants ou les distributeurs, il n’est pas responsable de vendre de l’alcool dès le matin. Les autorités doivent s’impliquer pour restreindre cette pratique », insiste Asabha Lokibale.
Des conséquences déjà visibles
Les effets de cet alcoolisme incontrôlé se font déjà sentir. Le dimanche 7 septembre dernier, un jeune homme a été retrouvé mort à Baungatsu, au nord d’Eringeti. Selon plusieurs témoignages, l’excès de boissons fortement alcoolisées serait à l’origine de ce décès. Cet incident illustre le danger auquel s’expose une jeunesse livrée à elle-même et dépourvue de mécanismes de protection sociale efficaces.
La société civile estime que si rien n’est fait, cette génération risque de s’effriter et de compromettre l’avenir de toute la communauté.
« Si vous observez bien, ce sont les jeunes qui ressemblent aux vieux et les vieux aux jeunes. Les rôles semblent inversés, à cause de l’alcool. Cela doit nous interpeller tous », martèle Asabha Lokibale.
Face à cette situation, les acteurs locaux appellent à une mobilisation collective. Familles, églises, organisations de jeunesse et autorités sont invités à conjuguer leurs efforts pour endiguer un phénomène qui fragilise la cohésion sociale et met en péril le développement communautaire.
Gloire Tsongo, Beni