Beni : les autorités sanitaires réaffirment leur engagement face à un VIH toujours actif dans la région

À l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le sida, célébrée ce 1ᵉʳ décembre, les responsables du Programme national de lutte contre le VIH dans le Grand Nord-Kivu ont lancé un appel fort à la mobilisation, alors que la maladie continue d’affecter des milliers de personnes dans la zone de santé de Beni. Si des avancées existent, les chiffres rappellent que l’épidémie demeure un défi majeur.

Depuis Beni, le docteur Nicaise Mathé, responsable du Programme national de lutte contre le sida dans le Grand Nord-Kivu, a rappelé que cette journée reste un moment de réflexion, de sensibilisation et d’action, destiné à rassembler la population autour de la lutte contre le VIH.

Cette année, les activités officielles n’ont toutefois pas pu être lancées à la date prévue, en raison de retards logistiques dans la fourniture des outils de visibilité tenues, casquettes, t-shirts, préservatifs et tests de dépistage habituellement distribués à cette occasion.

Le lancement officiel est annoncé d’ici deux semaines, précise le docteur Mathé, tout en rassurant que le mois de décembre restera entièrement consacré à la lutte contre le VIH. Les équipes poursuivront leurs actions de sensibilisation au fur et à mesure de la disponibilité du matériel.

Malgré les obstacles, le responsable du programme se montre optimiste. Selon lui, les stratégies actuelles, qualifiées de prévention combinée, permettent d’avancer vers l’objectif ambitieux d’une génération sans sida d’ici 2030.

Ces stratégies reposent sur trois axes : Les mécanismes structurels, soutenus par les engagements nationaux et la volonté politique, notamment du président Félix Tshisekedi, les mécanismes biomédicaux, incluant les antirétroviraux (ARV), les préservatifs et les conseils médicaux ainsi que les mécanismes communautaires, où les acteurs locaux jouent un rôle essentiel dans la sensibilisation et la lutte contre la stigmatisation.

« Les parents séropositifs peuvent aujourd’hui donner naissance à des enfants séronégatifs. Les couples discordants peuvent rester stables grâce au traitement. Ce sont des avancées concrètes », souligne le docteur Mathé, illustrant l’impact réel des progrès réalisés.

Le thème international retenu cette année est : « Surmonter les perturbations, transformer la riposte au sida ». En RDC, l’accent est mis sur une « riposte équitable pour une RDC sans VIH d’ici 2030 », qui doit guider l’ensemble des programmes de santé.

Le suivi épidémiologique de la zone de santé de Beni, présenté par Damien Kambale, infirmier superviseur, montre que le VIH continue de causer des pertes humaines et de fragiliser de nombreuses familles.

La zone compte actuellement 4 029 patients sous suivi, dont 2 618 femmes et 1 411 hommes. La tranche d’âge la plus touchée est celle de 25 à 49 ans avec 1 940 personnes sous traitement ARV, suivie des plus de 50 ans avec 968 patients.

Pour Damien Kambale, le défi ne réside pas dans la disponibilité des ARV gratuits et accessibles mais dans la co-infection tuberculose-VIH, où certains intrants restent insuffisants : « Là, nous avons des soucis, car il nous manque certains intrants », déplore-t-il.

La surveillance en milieu carcéral reste également une priorité. À la prison centrale de Kangwayi, 35 détenus sont actuellement sous ARV, suivis de manière continue.

La zone de santé de Beni vient d’être dotée de deux appareils MPIMA, installés à l’hôpital général de référence et au centre de santé de Mabakanga (CECA 20).
Ces machines permettent de mesurer la charge virale après six mois de traitement, une étape clé pour vérifier si le virus devient indétectable.

« Une charge virale indétectable signifie un risque de transmission considérablement réduit, même si la personne vit toujours avec le virus », explique Damien Kambale. Cette innovation constitue un véritable gain de temps, de précision et d’autonomie pour les services locaux.

Les autorités sanitaires insistent sur l’importance du dépistage précoce, première étape essentielle de la prévention. Elles alertent sur deux dangers persistants : Les faux guérisseurs et l’abandon du traitement.
Certains patients interrompent leurs ARV après avoir été influencés par des pasteurs ou tradipraticiens promettant une guérison totale, une pratique dangereuse, source de complications graves.
Les professionnels rappellent que le VIH ne se transmet ni par la nourriture ni par les contacts courants.
Les personnes vivant avec le virus doivent être accompagnées, et non isolées.

La zone de santé de Beni dispose de 15 structures assurant gratuitement dépistage et prise en charge, parmi lesquelles : Butsili, Kanzulinzuli, Ngilinga, Mambolio, Kasanga, Madrandele, Malepe, Mabakanga, Païda, Rwangoma, ainsi que l’hôpital général, le centre évangélique de Beni et Ngongolio.

Les habitants peuvent se rendre dans n’importe laquelle de ces structures même en dehors de leur quartier afin de garantir la confidentialité.

Gloire Tsongo, Beni

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