Refoulements vers le Niger : l’Algérie atteint un niveau inédit d’expulsions de migrants en 2025

En 2025, l’Algérie a intensifié sa politique de refoulement des migrants en situation irrégulière vers le Niger, atteignant un seuil jamais enregistré auparavant. Des milliers de personnes sont reconduites à la frontière sud et laissées dans des zones désertiques particulièrement hostiles, selon plusieurs organisations de défense des droits humains.

D’après un rapport publié par l’ONG nigérienne Alarme Phone Sahara (APS), plus de 34 000 migrants ont été expulsés d’Algérie vers le Niger entre janvier et décembre 2025. Ces opérations, menées aussi bien dans des convois officiels que non officiels, se déroulent dans des conditions qualifiées de « précaires et préoccupantes » par l’organisation.

Les migrants sont généralement abandonnés au « point zéro », une zone aride située à la frontière algéro-nigérienne. Privés de ressources essentielles, ils sont contraints de parcourir à pied plusieurs kilomètres pour rejoindre le territoire nigérien, souvent sans eau, sans assistance médicale et sans protection, dans un environnement où les températures nocturnes peuvent être extrêmement basses en cette période hivernale.

Parmi les personnes refoulées figurent des femmes et des mineurs, particulièrement vulnérables aux risques de déshydratation, de maladies et d’épuisement. Plusieurs témoignages recueillis font état de parcours éprouvants et de traitements dégradants durant leur séjour en Algérie, pays considéré par beaucoup comme une zone de transit vers le Maroc, puis vers l’Europe.

Cette réalité contraste avec le discours officiel d’Alger, qui se présente régulièrement comme un acteur engagé dans la défense des causes humanitaires sur la scène internationale. Pour les observateurs, cette politique migratoire soulève de sérieuses interrogations quant au respect des principes fondamentaux de la dignité humaine.

Les refoulements massifs vers le Niger ne sont pas nouveaux. Ils s’inscrivent dans une dynamique amorcée depuis 2014, touchant principalement des ressortissants nigériens, mais aussi des migrants originaires de plusieurs pays africains. Toutefois, l’année 2025 marque un record, dépassant les chiffres de 2024 (31 404 expulsions) et de 2023 (26 031).

APS précise que les 34 236 expulsions recensées pourraient être en deçà de la réalité, en raison de l’absence de mécanismes fiables de comptabilisation. Face à cet afflux, les autorités nigériennes, déjà confrontées à une situation sécuritaire fragile, ont exprimé leurs inquiétudes et sollicité l’appui de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) ainsi que du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) pour organiser le retour volontaire des migrants vers leurs pays d’origine.

Sur le plan diplomatique, la persistance de ces pratiques expose l’Algérie à une pression croissante de la part des ONG, des agences onusiennes et de ses partenaires internationaux. L’absence de garanties minimales, abris, accès à l’eau, soins de santé ou information alimente les critiques contre une gestion sécuritaire de la migration, au détriment des impératifs humanitaires.

Rédaction/Avec Hespress

Laisser un commentaire