Au lendemain du massacre de plusieurs civils, dont des membres de la communauté autochtone pygmée à Ngadi, dans la ville de Beni, le ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku Kahongya, est revenu sur l’origine et l’évolution des rebelles des Forces démocratiques alliées (ADF), dans une tribune publiée le 31 mai 2026.
Dans ce document intitulé « Comprendre les ADF en bref : origine et évolution », l’ancien gouverneur du Nord-Kivu rappelle que la vague systématique de massacres attribuée à ce groupe armé dans la région de Beni a véritablement débuté en octobre 2014, malgré plusieurs opérations militaires menées auparavant par les Forces armées de la RDC et leurs partenaires.
Selon lui, les ADF trouvent leurs racines dans les bouleversements politiques intervenus en Ouganda après l’arrivée au pouvoir du président Yoweri Museveni en 1986. Le mouvement est né de la fusion de plusieurs groupes d’opposition, dont une faction radicalisée de la communauté musulmane ougandaise et la National Army for the Liberation of Uganda (NALU), donnant naissance aux ADF-NALU sous le commandement de Jamil Mukulu.
Julien Paluku explique que, sous la pression de l’armée ougandaise, les rebelles se sont installés à partir de 1995 dans les montagnes du Rwenzori, à l’Est de la RDC. Ils y ont progressivement développé leurs réseaux et leurs bases arrière.
L’ancien gouverneur estime que les massacres de civils perpétrés par les ADF répondent à plusieurs objectifs. D’une part, ils constituent une stratégie de terreur destinée à contraindre les FARDC à interrompre leurs offensives militaires afin de protéger les centres urbains. D’autre part, ces violences permettent au groupe de contrôler des espaces forestiers et des zones riches en ressources naturelles, notamment l’or, le bois et le cacao.
Dans sa tribune, Julien Paluku souligne également qu’à partir de 2019, les ADF ont officiellement intégré la mouvance de l’État islamique, ce qui aurait accentué leur radicalisation et renforcé leur recours à des méthodes particulièrement violentes pour attirer des financements et recruter de nouveaux combattants dans la région des Grands Lacs.
Face à cette menace persistante, il préconise une approche fondée sur plusieurs piliers : l’adaptation de la stratégie militaire à la guerre asymétrique, la rupture des circuits de financement et d’approvisionnement des rebelles, la lutte contre les complicités au sein des structures de commandement, le renforcement du programme de Désarmement, Démobilisation, Relèvement communautaire et Stabilisation (DDRCS), ainsi que le rétablissement de la justice pour les victimes.
Julien Paluku a conclu sa réflexion en présentant ses condoléances aux familles des victimes des récentes attaques perpétrées dans la région de Beni.
Christiane EKAMBO