Attaque de Ngadi : le cri d’alarme de PREPPYG après le carnage de pygmées attribué aux ADF à Beni, (Interview)

Buthelezi Kambale Kakevire, responsable de PREPPYG Asbl

Ciblés lors d’une attaque attribuée aux présumés rebelles des ADF (Forces démocratiques alliées) dans la nuit du 30 au 31 mai 2026 à Ngadi, dans la ville de Beni (Nord-Kivu), plusieurs membres de la communauté autochtone pygmée ont perdu la vie. Parmi les victimes figure l’artiste musicien et comédien Nzanzu Mangese.

Pour l’Association paysanne pour la réhabilitation et la protection des pygmées (PREPPYG ASBL), une organisation engagée dans la sécurité alimentaire, l’agriculture durable, la foresterie communautaire et la promotion des droits des peuples autochtones, ce drame constitue non seulement une atteinte à la vie de personnes pacifiques, mais aussi un coup dur porté aux efforts de défense et de promotion des peuples autochtones pygmées.

Dans cet entretien accordé à Journaldesnations.net, Buthelezi Kambale Kakevire, responsable de cette organisation, revient sur cette attaque, les défis auxquels fait face cette communauté ainsi que les actions menées pour sa protection et son développement.

Journaldesnations.net : Des présumés combattants ADF ont attaqué, dans la nuit du samedi 30 au dimanche 31 mai, un campement des peuples autochtones pygmées à Ngadi. Comment analysez-vous le fait que cette communauté minoritaire ait été ciblée ?

Buthelezi Kambale Kakevire : C’est avec un profond sentiment de désolation que j’ai appris cette tragédie. Il s’agit d’un assassinat criminel de personnes inoffensives et pacifiques qui jouaient notamment le rôle d’animateurs communautaires et de phytothérapeutes.

Cet acte contribue davantage à l’extermination d’un groupe déjà menacé de disparition, alors qu’il devrait bénéficier d’une protection particulière de la part des pouvoirs publics, conformément à la loi n°22/030 du 15 juillet 2022 relative à la protection et à la promotion des droits des peuples autochtones pygmées.

Cette attaque contre le campement de Ngadi traduit l’oubli, l’abandon, voire la négligence dont sont victimes les peuples autochtones pygmées de la part de ceux qui sont censés assurer leur sécurité et protéger leurs biens.

Journaldesnations.net : Parmi les victimes figure Nzanzu Mangese, considéré comme le premier artiste musicien et comédien issu de la communauté pygmée dans la région. Au-delà de la perte pour sa famille, est-ce aussi une perte culturelle ?

Buthelezi Kambale Kakevire : Absolument. Cet acte criminel représente également une lourde perte culturelle pour les peuples autochtones pygmées.

Shukrani Nzanzu Mangese avait exprimé auprès de la coordination nationale de la Dynamique des groupes des peuples autochtones (DGPA-RDC), à Kinshasa, sa volonté de vulgariser la loi n°22/030 du 15 juillet 2022 à travers des chansons et des productions humoristiques. Cette initiative avait déjà reçu l’approbation de la coordination.

Sa disparition retarde malheureusement l’implication des peuples autochtones pygmées dans leur propre promotion. C’est une perte immense pour sa famille, mais aussi pour toute la communauté autochtone pygmée de la République démocratique du Congo.

Journaldesnations.net : En dehors de cette attaque, quels sont les autres abus auxquels ces populations sont confrontées dans la région ?

Buthelezi Kambale Kakevire : Cette attaque vient s’ajouter à une longue série d’exactions dont sont victimes les peuples autochtones pygmées dans le Grand Nord. Il s’agit notamment des expulsions forcées de leurs terres, de l’accès limité aux services sociaux de base tels que les soins de santé, l’éducation et les marchés, ainsi que des discriminations persistantes et de leur faible participation à la gestion des affaires publiques.

Journaldesnations.net : Quelles sont les principales actions menées par votre organisation en faveur de ces communautés ?

Buthelezi Kambale Kakevire : PREPPYG ASBL œuvre pour l’avènement d’une société plus équitable et inclusive, dans laquelle les intérêts économiques, sociaux, politiques et culturels des communautés locales et des peuples autochtones sont pris en compte.

Nous accompagnons les initiatives socio-économiques des communautés à travers la promotion de la sécurité alimentaire, de l’agroécologie, de la foresterie communautaire ainsi que de l’accès à l’eau, à l’hygiène et à l’assainissement. Nous menons également des actions de plaidoyer pour l’accès à la terre, aux infrastructures sociales de base et pour la promotion de la cohabitation pacifique.

Depuis 2024, PREPPYG met en œuvre un programme de renforcement et de sécurisation des terroirs communautaires des peuples autochtones pygmées au Nord-Kivu. Ce programme vise à faciliter l’accès à la terre et la sécurisation juridique des espaces occupés par ces communautés en territoire de Lubero.

À ce jour, sept terroirs ont déjà été reconnus. Parmi eux, trois disposent de titres fonciers tandis que quatre dossiers sont encore en cours de traitement. L’organisation accompagne également les bénéficiaires dans les activités agricoles ainsi que dans la résolution pacifique des conflits fonciers et communautaires.

Journaldesnations.net : Pour conclure, quelles recommandations formulez-vous afin de renforcer la sécurité des populations minoritaires en général et des peuples autochtones pygmées en particulier ?

Buthelezi Kambale Kakevire : PREPPYG réitère son appel aux pouvoirs publics afin que la sécurité des peuples autochtones pygmées devienne une véritable priorité nationale.

Il est indispensable que des mesures concrètes soient prises pour protéger ces populations particulièrement vulnérables et garantir le respect effectif de leurs droits. Cette protection doit être assurée aussi bien dans leurs milieux naturels de vie que dans les sites de refuge où certaines communautés sont contraintes de se replier en raison de l’insécurité.

Propos recueillis par Djiress Baloki

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