L’installation d’un poste de patrouille de l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN) dans la vallée de Mughalika, en groupement d’Isale-Bulambo, dans la chefferie des Bashu, en territoire de Beni, suscite des inquiétudes chez les agriculteurs qui exploitent des champs dans cette partie du Nord-Kivu.
Le déploiement du matériel nécessaire à l’installation de ce poste est en cours sur le site. Intervenant hors micro au niveau du graben de Mughalika, le mercredi 21 octobre 2026, le conservateur Éric Kitakya a indiqué que cette zone était historiquement fréquentée par les écogardes. Il a assuré que leur présence ne visait ni à tracasser les cultivateurs ni à détruire leurs cultures.
Le responsable de l’ICCN a invité les agriculteurs à récolter les cultures déjà en place, tout en leur demandant de ne plus effectuer de nouvelles plantations dans la zone concernée. Malgré ces assurances, plusieurs cultivateurs rencontrés dans leurs champs redoutent les conséquences de cette installation sur leurs activités agricoles et leurs moyens de subsistance.
Kambale Manzekele affirme avoir constaté des dégâts sur ses cultures de haricots après l’installation des habitations destinées aux gardes du parc.
« Dès mon arrivée dans mon champ, j’ai constaté que les maisons d’habitation des gardes du parc avaient gravement endommagé mes haricots. Cependant, nous continuons à récolter nos cultures en leur présence et nous collaborons avec eux. Ils nous demandent de récolter rapidement nos haricots, car nos champs se trouvent dans cette zone », témoigne-t-il.
De son côté, Kahindo Sabuni raconte avoir rencontré des militaires en arrivant dans son champ. Selon son témoignage, ces derniers lui ont demandé si les terres qu’elle cultivait lui appartenaient, avant de l’inviter à récolter rapidement ses haricots. Ils auraient évoqué l’arrivée prochaine d’autres personnes, susceptibles d’endommager les cultures.
« En arrivant dans mon champ, j’ai rencontré des militaires. Ils m’ont demandé si j’étais sûre que ces champs m’appartenaient. Ensuite, ils nous ont demandé de récolter rapidement nos haricots, car d’autres personnes devaient arriver par camion et risquaient de tout détruire », explique-t-elle.
Une autre agricultrice, Kavugho Kitandi, originaire de Kitende, déplore également des dégâts sur les cultures vivrières. Elle affirme avoir répondu à l’appel des responsables en commençant à récolter ses haricots, mais dit s’inquiéter des restrictions imposées à la poursuite de ses activités dans ses champs de manioc.
« Vraiment, ici, nous vivons par la grâce de Dieu. Nos cultures vivrières ont été endommagées. Nous sommes venues à la suite de leur appel, qui nous demandait de commencer par récolter nos haricots. Cependant, ils nous ont interdit de poursuivre nos activités dans nos champs de manioc. Nous nous demandons comment nous allons subvenir à nos besoins si nous ne pouvons plus cultiver nos propres champs », déplore-t-elle.
Face à cette situation, les agriculteurs sollicitent l’intervention des autorités politiques et administratives afin qu’elles engagent des négociations avec les responsables concernés. Ils espèrent parvenir à une solution qui tienne compte à la fois des impératifs de conservation de la nature et de la nécessité de préserver leurs moyens de subsistance.
Gloire Tsongo / Beni