Banque mondiale : créer des emplois pour 1,2 milliard de jeunes dans le monde (Ajay Banga)

Ajay Banga, président du Groupe de la Banque Mondiale

Depuis sa prise de fonction le 2 juin 2023, Ajay Banga, 14ᵉ président du Groupe de la Banque mondiale, concentre son mandat sur l’élimination de la pauvreté, le développement durable et la réforme institutionnelle pour relever les défis globaux. Dans son éditorial “Comment créer des emplois pour 1,2 milliard de nouvelles œuvres dans le monde”, il alerte sur un défi démographique majeur et propose des solutions concrètes pour transformer ce défi en opportunité.

Banga distingue les crises soudaines, dites « haute fréquence », qui captent l’attention médiatique, et les changements lents mais puissants, appelés « basse fréquence », qui reconfigurent durablement les systèmes économiques et sociaux. Ces derniers, souvent ignorés, sont pourtant essentiels pour préparer l’avenir.

Dans les 10 à 15 prochaines années, 1,2 milliard de jeunes des pays en développement entreront sur le marché du travail, alors que les projections actuelles n’envisagent que la création d’environ 400 millions d’emplois. Si rien n’est fait, ce déficit pourrait provoquer pressions institutionnelles, migrations irrégulières, conflits et insécurité. Investir tôt dans ces jeunes et les relier à un emploi productif peut au contraire générer croissance, dignité et stabilité.

Pour relever ce défi, la Banque mondiale mise sur des infrastructures humaines et physiques, éducation, santé, énergie et transport afin de faciliter l’investissement privé et la création d’emplois. L’exemple du centre de compétences de Bhubaneswar, en Inde, illustre cette approche : 38 000 jeunes y sont formés chaque année selon la demande du marché, avec un taux d’insertion professionnelle quasi systématique ou la création d’entreprises.

L’institution cherche également à établir un environnement pro-entreprises, fondé sur des règles claires et une régulation prévisible, indispensable pour bâtir la confiance et stimuler les investissements, notamment pour les micro, petites et moyennes entreprises, qui emploient le plus. Enfin, la Banque mondiale aide les entreprises à passer à l’échelle grâce à ses instruments financiers, comme les fonds propres, les garanties et l’assurance risque politique, permettant de débloquer d’importants financements pour les petites entreprises, notamment dans l’agriculture.

Les secteurs identifiés comme générateurs d’emplois sont les infrastructures et l’énergie, l’agro-industrie, la santé primaire, le tourisme et le manufacturing à valeur ajoutée. La stratégie repose sur des données probantes et des arbitrages visant à maximiser l’impact pour les pays en développement, les pays développés et le secteur privé. Le principal obstacle reste le risque, réel ou perçu, que les institutions de développement peuvent aider à réduire en finançant des infrastructures, soutenant les réformes et fournissant des outils de gestion des risques.

Le message central de Banga est clair : agir tôt pour orienter les forces démographiques vers l’opportunité plutôt que subir des crises prévisibles. Les investissements précoces dans les infrastructures, l’éducation, le climat pro-entreprises et le soutien aux PME sont des leviers essentiels pour transformer un défi démographique mondial en moteur de croissance et de stabilité.

Rédaction/JDN

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