Depuis 2018, un espace de deux hectares, baptisé « parc à bois », a été aménagé à Kambo, à 7 km du poste frontalier de Kasindi, dans la province du Nord-Kivu, à l’est de la République démocratique du Congo. Son objectif est clair : mettre fin au trafic illicite de bois et instaurer davantage de transparence dans un secteur stratégique pour l’économie congolaise.
Cogéré par le Fonds forestier national (FFN), la Division provinciale de l’Environnement (DPE) et la corporation des exploitants, ce site accueille chaque semaine de nombreux camions chargés de bois scié. À leur arrivée, les cargaisons sont déchargées puis soumises à un contrôle strict.
« On doit vérifier si la cargaison ne contient pas d’essences protégées, conformément aux normes de la CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction) », explique Namani Tulinabo Gracien, expert en gestion des parcs à bois.
Certaines essences, telles que l’Afrormosia, l’ébène ou le paduque, sont formellement interdites d’exportation.
Des exportations en baisse
Selon le service de l’Environnement à Kasindi, les exportations de bois scié en 2024 ont atteint 7 035 m³, dominées par la Khaya anthotheca (6 045 m³), suivie de la Mamea africana (865 m³). Ces volumes demeurent cependant bien en deçà de ceux enregistrés entre 2010 et 2014, où les exportations dépassaient les 10 millions de m³, d’après une étude du chercheur congolais Chisweka.
Le Nord-Kivu, notamment la région de Beni-Lubero, a longtemps été un bassin majeur d’exploitation forestière. Mais l’activisme persistant des groupes armés a contraint de nombreux exploitants à cesser leurs activités. Aujourd’hui, la majorité du bois exporté provient de l’Ituri et du Bas-Uélé.
« Il n’y a plus d’aires de coupe accessibles. Ceux qui paient encore le permis de coupe le font pour couvrir leurs carrières, mais sans véritable exploitation », déplore Salumu Mawaya, ancien fournisseur de planches reconverti dans d’autres activités.
Malgré la mise en place du parc, la fraude n’a pas disparu. La frontière entre la RDC et l’Ouganda reste poreuse : plus de 150 pistes clandestines permettent de contourner le poste douanier officiel de Kasindi, où les taxes sont jugées trop élevées par certains commerçants.
Un outil stratégique à consolider
En dépit des difficultés, le parc de Kambo-Kasindi demeure un instrument clé dans la lutte contre l’exportation frauduleuse du bois. Il favorise une meilleure traçabilité et renforce la transparence dans un secteur longtemps gangrené par la fraude et l’insécurité.
Selon les chiffres du service de l’Environnement, le parc contribue tout de même au Trésor public : en 2023, les taxes perçues à Kasindi et Goma ont rapporté 2 204 dollars, contre 1 723 dollars en 2022. Ces recettes restent toutefois dérisoires par rapport au potentiel réel du secteur.
Pour les experts, trois conditions sont indispensables afin que le bois congolais profite réellement à l’État et non aux trafiquants :
- sécuriser les zones d’exploitation ;
- renforcer le contrôle transfrontalier ;
- harmoniser les statistiques entre services.
Enfin, le parc à bois de Kambo-Kasindi est séparé du prestigieux parc national des Virunga, mondialement reconnu pour la richesse de sa biodiversité, par la route nationale n°4. Cette voie, encore en terre battue, joue un rôle essentiel dans les échanges commerciaux reliant la RDC à l’Asie via l’Ouganda, le Kenya et la Tanzanie.
Djiress BALOKI/Nord-Kivu