Le Festival AlimenTerre (FAT) a célébré ses dix années d’existence en République démocratique du Congo à l’occasion de sa 10ᵉ édition, officiellement lancée le vendredi 30 octobre 2026 au Centre Wallonie-Bruxelles, à Kinshasa. Cette édition anniversaire met en avant les complémentarités entre agriculture et élevage comme leviers de restauration de la fertilité des sols et de renforcement de la souveraineté alimentaire congolaise.
Placée sous le thème « Systèmes intégrés agriculture-élevage : fertiliser durablement les sols pour une souveraineté alimentaire congolaise », cette édition entend sensibiliser les citoyens, les décideurs, les chercheurs et les producteurs à la nécessité de repenser les pratiques agricoles, en privilégiant des approches respectueuses de l’environnement et adaptées aux réalités locales.
Au-delà de la célébration de ses dix ans, le Festival AlimenTerre rappelle que la durabilité des systèmes alimentaires passe notamment par la préservation des ressources naturelles, la restauration des terres agricoles et la valorisation des complémentarités entre les activités agricoles et pastorales.
Pour marquer cette édition, plusieurs activités ont été organisées à Kinshasa afin de mobiliser différentes catégories de publics autour des enjeux agricoles, environnementaux et alimentaires.
La sensibilisation des jeunes a notamment occupé une place importante dans la programmation, avec une projection de film documentaire organisée à l’école Source de Vie. Cette initiative visait à rapprocher les élèves des réalités du monde agricole et à encourager leur réflexion sur les défis liés à l’alimentation, à la protection de l’environnement et à l’avenir des ressources naturelles.
Le Village AlimenTerre a, pour sa part, constitué un espace de découverte et de valorisation des initiatives portées par différents acteurs engagés dans la promotion d’une agriculture durable.
La programmation a également été marquée par une rencontre-débat avec Didier Mumengi, consacrée aux enjeux agricoles et aux perspectives de transformation du secteur en République démocratique du Congo. Les discussions ont notamment porté sur la place de l’agriculture dans le développement national et la nécessité de renforcer les capacités de production alimentaire du pays.
Une soirée de projection-débat est venue compléter cette programmation, réunissant les participants autour du cinéma documentaire et des problématiques liées à la production agricole, à la fertilité des sols et à la durabilité des systèmes alimentaires.
À travers le thème retenu pour cette 10ᵉ édition, le Festival AlimenTerre met particulièrement en lumière les possibilités qu’offre l’intégration des activités agricoles et de l’élevage.
Cette approche repose notamment sur la valorisation des matières organiques issues de l’élevage pour fertiliser naturellement les terres, améliorer leur qualité et contribuer au maintien de leur productivité.
Lors de la cérémonie d’ouverture, la projection du documentaire « Quand l’agriculture nourrit l’élevage et l’élevage régénère les sols » a illustré cette complémentarité à travers des expériences développées notamment à Kabinda, à Boma et dans la province du Lomami.
Ces initiatives montrent comment une meilleure articulation entre agriculture et élevage peut contribuer à restaurer la fertilité des sols, à améliorer les rendements et à renforcer les revenus des producteurs.
Dans un contexte marqué par la dégradation des terres et les défis de production alimentaire, la promotion de pratiques agroécologiques apparaît ainsi comme une piste importante pour accompagner les producteurs vers des modes de production plus durables.
Le festival accorde également une attention particulière à la préservation de la fertilité des sols, à la promotion de l’agroécologie et à l’abandon de l’utilisation des pesticides interdits, autant de préoccupations qui s’inscrivent dans la recherche de solutions durables pour l’agriculture congolaise.
Didier Mumengi plaide pour un état d’urgence alimentaire
Au-delà des démonstrations et des projections, les échanges entre les participants ont mis en évidence la nécessité de mieux articuler la recherche scientifique, les politiques publiques et les réalités auxquelles sont confrontés les producteurs agricoles.
Prenant part aux discussions, Didier Mumengi a particulièrement insisté sur l’importance de mettre les résultats de la recherche scientifique au service des exploitants agricoles et de la durabilité des systèmes de production.
« En mettant davantage les connaissances produites par la recherche au service des producteurs et de la durabilité des systèmes agricoles, nous saurons réparer le tort que nous avons pu causer à notre pays », a-t-il déclaré.
Il a également défendu l’adoption d’une loi-cadre portant proclamation d’un état d’urgence alimentaire en RDC. Cette proposition figure parmi les réflexions développées dans son ouvrage « Militariser l’agriculture », présenté à cette occasion. L’auteur entend ainsi attirer l’attention sur la nécessité de faire de la production alimentaire une priorité nationale.
Les représentants des organisations paysannes ont, de leur côté, insisté sur l’importance d’accorder davantage de moyens à l’agriculture familiale. Ils ont notamment plaidé pour une meilleure affectation des ressources publiques aux investissements productifs et pour l’amélioration des conditions de travail des producteurs.
Pour Rosette Kabona, représentante de Wallonie-Bruxelles, la transformation des systèmes alimentaires ne peut se réaliser sans une mobilisation collective.
Elle a appelé les responsables politiques, les partenaires techniques et financiers, les acteurs privés ainsi que les organisations du monde agricole à unir leurs efforts pour faire reculer la faim et la pauvreté, en cohérence avec les objectifs de développement durable.
Ces différentes interventions ont ainsi remis au centre du débat la question du financement de l’agriculture, de la valorisation des connaissances scientifiques et de leur traduction en solutions concrètes au bénéfice des producteurs.
La cérémonie s’est achevée par la lecture et la remise d’une note d’engagement au représentant du ministre de l’Agriculture et de la Sécurité alimentaire.
À travers ce document, le Conseil national de promotion de l’agriculture familiale (CNPAF), représenté par son secrétaire technique, Sylvain Ntumba, a réaffirmé son engagement à accompagner la vulgarisation des innovations agricoles et agroécologiques promues dans le cadre du Festival AlimenTerre et par ses partenaires.
Cet engagement vise notamment à faciliter la diffusion et l’appropriation des pratiques et connaissances présentées durant le festival auprès des producteurs agricoles, afin de favoriser leur application dans les exploitations.
Cette démarche entend renforcer les passerelles entre les initiatives de sensibilisation, les innovations agroécologiques et leur mise en pratique sur le terrain.
Dix ans de présence et plus de 24 500 personnes sensibilisées
Lancé en République démocratique du Congo en 2016, le Festival AlimenTerre a progressivement élargi son champ d’action. En dix années d’activités, plus de dix provinces ont été couvertes, avec plus de 200 projections organisées et plus de 24 500 personnes sensibilisées.
Ce bilan témoigne du travail de mobilisation réalisé au fil des éditions auprès des jeunes, des producteurs agricoles, des organisations paysannes, des acteurs de la société civile et des différents partenaires.
Organisé par Humundi avec l’appui d’un réseau de plus de 100 partenaires, le Festival AlimenTerre fait du cinéma documentaire un outil de sensibilisation et de mobilisation citoyenne. À travers des projections suivies de débats, l’initiative cherche à rapprocher le grand public des enjeux de l’agroécologie, de la préservation des ressources naturelles et de la souveraineté alimentaire.
Cette 10ᵉ édition a notamment été marquée à Kinshasa par l’installation du Village AlimenTerre, les échanges thématiques, les projections documentaires ainsi que la mise à l’honneur des jeunes participants au concours étudiant « Raconte la terre », avec la remise des prix aux lauréats.
En s’appuyant sur le cinéma documentaire, les échanges citoyens et les rencontres avec les acteurs du secteur agricole, le festival contribue à rendre accessibles au grand public des questions essentielles liées aux systèmes alimentaires et aux défis de l’agriculture en RDC.
Après son lancement officiel à Kinshasa, cette 10ᵉ édition du Festival AlimenTerre se poursuivra dans plusieurs provinces du pays, du 9 novembre au 30 décembre 2026.
Le Kongo-Central, le Kwilu, le Sud-Ubangi, le Haut-Katanga, l’Équateur, le Kasaï-Central et la Tshopo figurent notamment parmi les provinces concernées par cette programmation décentralisée. Celle-ci permettra de prolonger la sensibilisation à travers des projections, des échanges et des activités de proximité avec les communautés locales.
En franchissant le cap de dix années d’existence, le Festival AlimenTerre RDC réaffirme ainsi sa volonté de faire du cinéma documentaire et du dialogue citoyen des instruments de mobilisation en faveur d’une agriculture respectueuse de l’environnement.
Jessy Ekambo