Alors que le sang continue de couler dans la région d’Oicha, au cœur du territoire de Beni (Nord-Kivu), la colère gronde. La population s’impatiente et les voix s’élèvent.
Le Parlement des Jeunes de cette commune, dans une déclaration poignante lue le 22 septembre par son rapporteur Charles Kasereka, dénonce l’inaction sécuritaire et pointe directement la responsabilité des députés élus du territoire.
Un bilan insoutenable, une colère grandissante
Selon les données recueillies par cette structure, au moins 88 civils ont été tués et 43 maisons, 15 motos et 7 vélos incendiés entre le 9 juillet et le 20 septembre 2025, soit en l’espace de deux mois et neuf jours. Ces attaques, attribuées aux rebelles ADF, ont principalement visé l’ouest de la Route Nationale n°4, notamment les localités de Katerin, Mayimoya, Mbimbi, Mabasele, Fotodou, Musuku, Mbau, Mbutaba, Wesa et Sabu.
Des scènes de massacre, des enlèvements et des incendies en série ont traumatisé la population. Et une question revient sans cesse : où sont les élus du peuple ?
« Aux députés élus du territoire de Beni, que faites-vous réellement pour sauver vos frères et sœurs soumis aux balles et aux machettes chaque jour ? Quittez les réseaux sociaux et passez à l’action », a lancé le Parlement des Jeunes.
Des accusations directes envers l’UPDF et la FARDC
La déclaration ne s’est pas limitée aux élus. Elle met également en cause l’efficacité des opérations conjointes menées par les Forces armées de la RDC (FARDC) et l’armée ougandaise (UPDF), pourtant présentes sur le terrain depuis plusieurs mois.
« L’UPDF possède des équipements sophistiqués capables de détecter l’ennemi, mais aucune traque efficace n’est menée », s’est indigné Charles Kasereka.
Les jeunes dénoncent un silence coupable et une lenteur incompréhensible dans la réponse militaire, alors même que les moyens technologiques et humains sont disponibles.
Dans son message, le Parlement des Jeunes appelle aussi à la conscience collective. Il exhorte la population à surmonter la peur, à rester vigilante et à signaler tout mouvement suspect. Les jeunes qui collaborent avec les ADF sont directement pointés du doigt :
« Quittez cette blague ! C’est le sang de vos mères, de vos pères, de vos frères et sœurs que vous versez inutilement. Tôt ou tard, vous serez arrêtés et vos actes ne resteront pas impunis« .
Les élus du territoire sommés d’agir
Le message est clair : les députés du territoire de Beni ne peuvent plus se contenter de discours. Ils sont appelés à descendre sur le terrain, à plaider pour des opérations militaires plus efficaces et à porter la voix de leurs électeurs dans les instances nationales.
Dans un contexte de violence extrême, la population d’Oicha et du territoire de Beni dans son ensemble attend des réponses concrètes.
Le cri du Parlement des Jeunes résonne comme un ultimatum moral lancé aux décideurs politiques : la sécurité des civils ne peut plus attendre.

Gloire Tsongo, depuis Beni