Pakadjuma : la démolition des constructions anarchiques attise la colère des habitants

Des échauffourées ont éclaté mardi 10 février au matin dans le quartier Pakadjuma, dans la commune de Limete à Kinshasa, à la suite de la démolition de constructions jugées anarchiques par l’Hôtel de Ville. En réaction, des habitants en colère ont dressé des barricades et incendié des pneus, entraînant l’intervention des forces de l’ordre pour rétablir le calme.

Selon le ministre provincial de l’Environnement de la ville de Kinshasa, Léon Mulumba, cette opération vise à démolir les habitations érigées le long de la voie ferrée afin de mettre fin aux occupations illégales et de libérer l’emprise ferroviaire, en vue de la reprise effective du trafic ferroviaire. L’autorité provinciale précise que l’opération va se poursuivre et s’étendre de la gare de Matete jusqu’à Kintambo Magasin.

Cependant, cette initiative est vivement contestée par les habitants, qui la qualifient de « brutale ». Ils dénoncent l’absence de mesures d’accompagnement, notamment en matière de relogement des familles affectées et de compensation pour les pertes matérielles. « Nous ne refusons pas de partir, mais qu’on nous propose une alternative », confie un riverain, exprimant un sentiment d’abandon largement partagé.

Léon Mulumba, ministre provincial de l’Environnement lors de la démolition d’habitations au quartier Pakadjuma à Limete

La situation a rapidement dégénéré, les opérations de démolition donnant lieu à des affrontements entre résidents et forces de l’ordre. Ces dernières sont finalement parvenues à disperser les manifestants et à rétablir l’ordre public.

Au-delà des incidents, Pakadjuma reste l’un des quartiers les plus précaires de Kinshasa. Ce bidonville, marqué par une extrême pauvreté, concentre de multiples vulnérabilités sociales, notamment les violences sexuelles, la prostitution et l’exploitation des femmes et des filles. Dans cet environnement chaotique, le gouvernement de Kinshasa tente de relever les défis de la précarité urbanistique dans un quartier qui se caractérise par une forte densité humaine.

Selon des ONG actives dans la zone, Pakadjuma abriterait près de cinq mille ménages vivant dans des conditions de promiscuité extrême. Les ruelles étroites séparent des maisonnettes et des baraquements de fortune, souvent collés les uns aux autres, au milieu des déchets ménagers et d’odeurs nauséabondes.

L’absence d’infrastructures de base aggrave la situation sanitaire. Faute de latrines, les eaux usées, les urines et les matières fécales sont déversées dans des caniveaux à proximité immédiate des habitations, exposant la population à de graves risques pour la santé.

Dans ce contexte, le commerce du sexe constitue pour de nombreuses femmes un moyen de survie. Beaucoup ont quitté des provinces, fuyant la pauvreté dans l’espoir d’une vie meilleure à Kinshasa.

Blaise BOZENGE

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