Dix ans après sa disparition, Baudouin Banza Mukalay reste une figure marquante de la politique congolaise

Baudouin Banza Mukalay Nsungu

Né le 2 janvier 1953, Baudouin Banza Mukalay Nsungu est décédé le 14 mai 2016 à Kinshasa, à l’âge de 63 ans. Dix ans après sa disparition, son souvenir demeure vivant dans la mémoire de nombreux Congolais qui ont connu son parcours politique, intellectuel et humain. Homme de conviction, fin communicateur et acteur important de plusieurs périodes charnières de l’histoire politique de la RDC, il aura marqué son époque par son engagement et sa capacité à rassembler.

Originaire de la province du Haut-Lomami, dans la collectivité de Badia, territoire de Malemba-Nkulu, Banza Mukalayi est né à Bandaka, dans l’ancienne province de l’Équateur, au sein d’une famille de Témoins de Jéhovah reléguée dans cette région durant l’époque coloniale. Très jeune déjà, il se fait remarquer par un épisode resté célèbre dans son entourage : alors qu’il n’avait que cinq ans, il aurait quitté la foule pour aller embrasser le roi Baudouin de Belgique lors d’une visite officielle à Bandaka. Un geste spontané qui lui vaudra le prénom de Baudouin.

Licencié en langues et littérature, il débute sa carrière comme professeur de français à l’Institut méthodiste Matunda dans les années 1980. Pédagogue apprécié et proche de la jeunesse, il laisse le souvenir d’un enseignant engagé dans la formation intellectuelle de ses élèves. Il rejoint ensuite le journalisme et devient journaliste à la presse parlée de l’Office Zaïrois de Radio-Télévision à Lubumbashi.

Une ascension politique fulgurante

Sa popularité grandit rapidement dans le Haut-Katanga. Porté par une campagne de proximité organisée notamment par ses anciens élèves et soutenu par le patriarche de la communauté Balubakat, Georges Mulongo Misha Kabange, il est élu député de Lubumbashi avec une majorité écrasante. Réélu à trois reprises, il s’impose comme l’un des parlementaires les plus influents et les plus respectés de sa législature.

Au moment de la démocratisation du Zaïre en 1990, le maréchal Mobutu Sese Seko entreprend de rajeunir le Mouvement populaire de la révolution (MPR). À seulement 40 ans, Banza Mukalayi est élu premier vice-président du parti, aux côtés notamment de Christophe Mboso Kodia Pwanga, Kikata Ngina, Bofasa Djema et Idambito Bakaato Dimbisa. Cette ascension fulgurante confirme alors son poids politique au sein des institutions zaïroises.

Au cours de sa carrière, il occupera plusieurs fonctions ministérielles, notamment ministre de l’Information et de la Presse en remplacement de Ngongo Lutete Kamanda, avant de devenir vice-Premier ministre et ministre de l’Énergie dans le dernier gouvernement dirigé par le général Norbert Likulia Bolongo.

Après la chute du régime Mobutu, il s’exile à Ndola, en Zambie. C’est dans le cadre de son église des Témoins de Jéhovah qu’il rencontre celui qui deviendra plus tard président de la Zambie, Levy Mwanawasa. Cette relation facilitera par la suite ses contacts avec le pouvoir de Laurent-Désiré Kabila, dans un contexte politique particulièrement sensible. Plusieurs observateurs le considèrent d’ailleurs comme l’un des artisans des discussions ayant conduit à l’Accord de Lusaka.

Par la suite, il adhère au Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD), où il est rapidement désigné conseiller politique et diplomatique du mouvement. Après le dialogue intercongolais de Sun City, il revient au gouvernement comme vice-ministre aux côtés de José Endundo Bononge au ministère du Tourisme, de l’Industrie, du Tourisme et des Relations avec les investisseurs.

Sur le plan politique, il participe également à la création de l’UDCO (Union des démocrates unis), formation politique née de la volonté de promouvoir une nouvelle vision démocratique au Congo.

Homme de culture jusqu’à son dernier souffle

En 2012, il est nommé ministre de la Jeunesse, des Sports, de la Culture et des Arts du gouvernement Matata I, avant de conserver le portefeuille de la Culture et des Arts dans le gouvernement Matata II en 2014, jusqu’à son décès le 14 mai 2016. Baudouin Banza Mukalayi s’est éteint alors qu’il était encore en fonction, très affaibli par la maladie, seulement deux semaines après avoir organisé les obsèques de Papa Wemba, décédé à Abidjan.

Dix ans après sa mort, plusieurs de ses proches, anciens collaborateurs et compagnons politiques continuent de saluer la mémoire d’un homme cultivé, stratège et profondément attaché au dialogue. Son parcours reste celui d’un acteur ayant traversé plusieurs générations politiques de la RDC, des dernières années du Zaïre aux débuts de la transition congolaise.

Christiane EKAMBO

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