Coopération migratoire: e Roi Mohammed VI appelle l’Espagne et l’Europe à revoir leur approche

Dans son discours d’ouverture de la nouvelle année législative, le souverain marocain a salué les acquis de la coopération migratoire avec l’Espagne, tout en estimant que le modèle actuel a atteint ses limites. Mohammed VI défend un partenariat fondé sur la confiance mutuelle, le respect des engagements et la souveraineté des États, à l’abri de toute pression politique.

Le roi Mohammed VI a appelé à une évolution de la coopération migratoire entre le Maroc, l’Espagne et, plus largement, les partenaires européens. Dans son discours prononcé à l’occasion de l’ouverture de la nouvelle année législative devant le Parlement marocain, le souverain a dressé un bilan nuancé de cette collaboration, mettant en avant ses résultats tout en soulignant la nécessité de dépasser les limites du dispositif actuel.

Rapportant cette intervention, le quotidien marocain Al Ahdath Al Maghribia, dans son édition du lundi 12 octobre, relève la portée politique du message royal, notamment dans un contexte marqué par les tensions récurrentes autour de la gestion des flux migratoires et les controverses suscitées par la crise de Ceuta.

D’entrée de jeu, Mohammed VI a rappelé la position du Maroc en tant que partenaire international responsable, attaché au respect de ses engagements. Une posture qui, selon le sens de son intervention, implique également une réciprocité de la part des pays partenaires.

Sur la question migratoire, le roi Mohammed VI a reconnu les résultats obtenus grâce aux efforts déployés par le Maroc et ses partenaires. Il a toutefois souligné la nécessité de réexaminer les mécanismes existants face à la répétition des crises.

« Le modèle actuel de coopération a atteint ses limites, comme en attestent clairement les crises récurrentes », a-t-il déclaré.

Cette appréciation ne constitue pas un rejet de la coopération avec Madrid, mais plutôt un appel à adapter son fonctionnement aux nouvelles réalités migratoires et aux difficultés rencontrées sur le terrain.

Les chiffres cités dans l’article d’Al Ahdath Al Maghribia illustrent l’évolution des flux migratoires sur la route de la Méditerranée occidentale. Selon les données attribuées au Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) et aux statistiques européennes, le nombre d’arrivées par voie maritime sur cette route est passé de 57 264 en 2018 à 17 993 en 2025, soit une baisse de 68,6 %.

Ces données mettent en perspective les résultats de plusieurs années de coopération. Elles invitent également à distinguer les crises ponctuelles du bilan général des efforts engagés dans la gestion des frontières et la lutte contre les migrations irrégulières.

Le souverain marocain a également évoqué les contraintes juridiques qui compliquent la gestion migratoire. Certaines dispositions légales jugées dépassées ainsi que des décisions judiciaires considérées comme éloignées des réalités du terrain constitueraient, selon les éléments rapportés, des obstacles au retour de certains mineurs et de personnes se déclarant réfugiées.

Cette question met en lumière la complexité de la coopération migratoire, qui ne dépend pas uniquement du contrôle des frontières. Son efficacité repose aussi sur les procédures de réadmission, les mécanismes de retour et les cadres juridiques applicables dans les pays concernés.

Pour Rabat, l’enjeu consiste ainsi à disposer d’un dispositif de coopération mieux adapté, capable de répondre aux défis migratoires tout en tenant compte des responsabilités respectives des États et des réalités juridiques.

Au-delà des aspects opérationnels, le discours royal comporte un message politique adressé aux responsables espagnols et aux autres partenaires du Maroc.

Sans désigner nommément les partis ou les médias concernés, Mohammed VI a critiqué certaines prises de position politiques et médiatiques qu’il juge irresponsables, particulièrement lorsque la question migratoire devient un instrument de confrontation.

Le souverain a réaffirmé avec fermeté le caractère volontaire et souverain de la coopération entre les États.

« Le partenariat est un choix souverain et un engagement volontaire, qui ne saurait faire l’objet d’aucune pression ou menace, ni d’aucun chantage », a-t-il insisté.

Cette déclaration souligne la distinction que Rabat entend établir entre la préservation d’une relation stratégique avec l’Espagne et le refus de voir cette collaboration utilisée comme moyen de pression politique.

La crise de Ceuta et les controverses qui l’ont accompagnée ont notamment alimenté des accusations et des tensions dans le débat public espagnol. Dans ce contexte, le message royal vise à rappeler que les désaccords conjoncturels ne devraient pas remettre en cause les principes fondamentaux d’un partenariat durable.

Si l’Espagne apparaît comme l’interlocuteur directement concerné par les enjeux évoqués, la portée du discours s’étend également aux autres partenaires européens du Maroc.

La gestion des migrations vers l’Europe repose en effet sur des mécanismes de coopération qui nécessitent une coordination entre les pays d’origine, de transit et de destination. Leur continuité suppose, selon la position défendue par le souverain, une confiance réciproque et une reconnaissance des engagements de chaque partie.

À travers cette intervention, Mohammed VI réaffirme ainsi la volonté du Maroc de poursuivre sa coopération migratoire, tout en appelant à une révision du modèle actuel et au respect de sa souveraineté.

Le message adressé à Madrid et aux capitales européennes est clair : la coopération demeure un choix stratégique, mais elle doit reposer sur des relations équilibrées, le respect mutuel et l’absence de toute instrumentalisation politique.

Christiane Ekambo

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