L’opposant congolais Eugène Diomi Ndongala est décédé samedi 27 juin à la Clinique Ngaliema, à Kinshasa, à l’âge de 64 ans, des suites d’une maladie, selon ses proches qui ont confirmé la nouvelle de son décès. Sa disparition met un terme à un long parcours politique jalonné de confrontations avec le pouvoir, d’arrestations et de longues périodes de détention qui pourraient avoir contribué à la détérioration progressive de son état de santé.
Fils de Gaston Diomi Ndongala, plus connu sous le nom de Diogas, une figure politique de premier plan de la Première République, Eugène Diomi est issu d’une famille fortement engagée dans la vie publique. Son père fut le premier bourgmestre de la commune de Ngiri-Ngiri, député national, gouverneur de l’ancienne province de Léopoldville, homme d’affaires et personnalité influente du Kongo Central. Originaire de Luila, dans le territoire de Madimba, Diogas a largement contribué au développement de cette contrée.
Eugène Diomi Ndongala embrasse très tôt la carrière politique. À partir de 1994, il siège au Parlement avant d’être nommé vice-ministre de l’Économie et des Finances sous le régime du président Mobutu Sese Seko.
Après l’arrivée au pouvoir de Laurent-Désiré Kabila, il est arrêté le 10 décembre 1997 et détenu sans décision judiciaire, selon Amnesty International, avant d’être libéré le 24 janvier 1998.
En 2003, il intègre le gouvernement de transition en qualité de ministre des Mines. Son passage est toutefois de courte durée, puisqu’il est démis de ses fonctions en 2004 à la suite d’accusations de corruption qu’il a toujours contestées.
Président du parti Démocratie Chrétienne et candidat à l’élection présidentielle de 2006, Eugène Diomi s’impose progressivement parmi les principales voix de l’opposition. Après avoir contesté les résultats de l’élection présidentielle de 2011, ses ennuis judiciaires se multiplient.
Porté disparu le 26 juin 2012 pendant plusieurs mois, il réapparaît le 11 octobre de la même année. En avril 2013, il est de nouveau arrêté, accusé d’être à la tête d’un mouvement insurrectionnel dénommé « Imperium ».
Cette nouvelle détention marque un tournant dans son état de santé. Alors qu’il est incarcéré à la prison centrale de Makala, l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) dénonce des violations de ses droits fondamentaux et alerte sur la dégradation de son état de santé, affirmant qu’il était privé de soins médicaux appropriés.
En 2014, il est condamné à dix ans de prison dans une affaire de viol sur mineure. Ses partisans dénoncent un procès à caractère politique, tandis que l’intéressé a toujours rejeté les accusations. Il est finalement libéré en mars 2019, avant d’être de nouveau interpellé en 2021 dans une autre affaire similaire.
Au fil des années, plusieurs de ses proches et sympathisants ont évoqué les séquelles physiques et psychologiques laissées par ses différentes périodes de détention ainsi que les privations de soins qu’il aurait subies. Sans qu’un lien de causalité puisse être officiellement établi entre ces événements et son décès, son état de santé s’était progressivement détérioré au cours des dernières années.
La disparition d’Eugène Diomi Ndongala referme ainsi le chapitre d’une personnalité politique qui aura traversé plusieurs régimes et dont la carrière fut marquée par les controverses, les poursuites judiciaires et un engagement constant au sein de l’opposition congolaise.
Christiane Ekambo