Célébrée avec un léger décalage, la Journée nationale de la presse congolaise a placé l’éthique, la déontologie et l’innovation numérique au cœur des échanges entre professionnels des médias à Kinshasa.
Face à la multiplication des fausses informations, à la puissance des réseaux sociaux et à l’essor rapide de l’intelligence artificielle, le journalisme congolais est appelé à renforcer ses fondamentaux : vérification, responsabilité, indépendance et éthique professionnelle. C’est l’un des principaux messages ressortis de la célébration de la Journée nationale de la presse congolaise, organisée jeudi au Musée national de la RDC.

L’événement, consacré à la Journée nationale de la presse célébrée le 22 juillet, a été organisé par la Tribune des Femmes de Médias, en partenariat avec l’Union Nationale des Caméramans du Congo. Il a réuni des professionnels des médias et plusieurs acteurs institutionnels autour des mutations que connaît le métier de journaliste à l’heure du numérique et de l’intelligence artificielle.

Intervenant à cette occasion, le ministre de la Communication et Médias et porte-parole du Gouvernement, Patrick Muyaya Katembwe, a insisté sur une distinction essentielle : la rapidité de circulation d’une information ne garantit pas sa véracité.

Pour le ministre, l’arrivée de l’intelligence artificielle et la domination des réseaux sociaux ne remettent pas en cause la raison d’être du journaliste. Au contraire, elles renforcent la nécessité d’un travail professionnel de collecte, de recoupement, de contextualisation et de vérification avant publication.
« Ni l’intelligence artificielle, ni les réseaux sociaux ne peuvent se substituer au travail du journaliste », a-t-il notamment souligné, rappelant que la responsabilité éditoriale demeure humaine.
Cette exigence devient particulièrement importante dans un environnement où une information fausse ou manipulée peut atteindre des milliers de personnes en quelques minutes.
La presse face à la guerre informationnelle
Le ministre a également placé la responsabilité des médias dans le contexte sécuritaire que traverse la République démocratique du Congo.
Selon Patrick Muyaya, la crise sécuritaire s’accompagne d’une bataille autour de l’information et des récits. Dans ce contexte, les médias sont appelés à contribuer à la cohésion nationale en privilégiant des informations fiables et vérifiées.
Il a ainsi encouragé les journalistes à faire preuve de professionnalisme afin que les médias congolais puissent participer à la diffusion d’une information crédible et contribuer à la construction d’un récit national favorable à l’unité et au développement.
Cette approche pose cependant un défi majeur aux rédactions : comment contribuer à la cohésion nationale tout en conservant l’indépendance éditoriale et l’esprit critique qui constituent le fondement du journalisme ?
La présidente de l’ASBL Tribune des Femmes de Médias, Rachel Shako, a, pour sa part, placé la responsabilité individuelle du journaliste au centre des débats.
Elle a estimé que les progrès technologiques ne sauraient remplacer la conscience professionnelle. Pour elle, le journaliste de demain devra maîtriser les nouveaux outils sans renoncer aux exigences fondamentales du métier : rigueur, vérification, responsabilité et indépendance.
Son intervention a également porté sur les rapports entre médias et pouvoir politique. Elle a appelé à une meilleure valorisation du journalisme professionnel, estimant que les journalistes ne devraient être enfermés ni dans la logique de la majorité ni dans celle de l’opposition.
« Les journalistes n’appartiennent ni à la majorité, ni à l’opposition ; ils appartiennent à la vérité », a-t-elle déclaré.
Une prise de position qui rappelle que la crédibilité de la presse dépend aussi de sa capacité à maintenir une distance professionnelle vis-à-vis des différents centres de pouvoir.
La célébration a également servi de cadre pour réaffirmer la volonté de la Tribune des Femmes de Médias de contribuer à la professionnalisation du secteur et à une participation accrue des femmes dans les métiers de la communication et des médias.
La présence de plusieurs responsables du paysage médiatique congolais, notamment la directrice générale de la RTNC Sylvie Elenge, le directeur général de l’ACP Bienvenu Marie Bakumanya et le directeur adjoint de la Presse présidentielle Giscard Kusema, a donné à la rencontre une dimension institutionnelle.
Au-delà des discours, le débat posé apparaît désormais comme un enjeu concret pour les rédactions congolaises : dans un univers où chacun peut produire et diffuser du contenu, la valeur ajoutée du journaliste réside de plus en plus dans sa capacité à vérifier, expliquer, contextualiser et assumer ce qu’il publie.
L’intelligence artificielle peut accélérer certaines tâches. Les réseaux sociaux peuvent élargir la diffusion. Mais la confiance du public, elle, reste à construire par le travail journalistique.
Journal des Nations