Vingt ans après l’inscription de la parité dans les instruments juridiques de la République démocratique du Congo, la question de la représentation effective des femmes dans les instances de décision demeure au cœur des préoccupations. C’est le constat et l’appel formulés par la Première ministre Judith Suminwa Tuluka lors de la 4ᵉ édition de la Journée internationale de la femme africaine (JIFA 2026), tenue jeudi 6 août au Musée national de la RDC, à Kinshasa.

Placée sous le thème « Femmes, Paix, Parité : Quid de la participation politique des femmes aux instances de prise de décision, 20 ans après l’inscription de la parité dans les instruments juridiques congolais », cette rencontre a rassemblé des membres du Gouvernement, des parlementaires, des représentantes d’organisations féminines ainsi que plusieurs partenaires techniques et financiers.

Des acquis, mais encore des obstacles
Dans son discours, Judith Suminwa a reconnu les avancées réalisées au cours des deux dernières décennies, tout en estimant que le chemin vers une représentation équilibrée des femmes dans les espaces de pouvoir reste encore long.

Pour la cheffe du Gouvernement, les progrès enregistrés sont le fruit du combat mené par plusieurs générations de femmes congolaises. Elle a ainsi rendu hommage aux pionnières qui ont œuvré pour la reconnaissance et la défense des droits des femmes en RDC.

La Première ministre a notamment insisté sur le caractère fondamental des droits des femmes dans la construction de l’État de droit et de la démocratie. « Les droits des femmes ne constituent ni une faveur ni une concession. Ils sont une exigence de justice et un fondement de notre démocratie », a-t-elle déclaré.
Son intervention a également mis en lumière l’écart qui peut subsister entre les garanties prévues par les textes et leur traduction concrète dans l’accès aux responsabilités publiques.
Évoquant sa propre nomination à la tête du Gouvernement, Judith Suminwa a refusé d’y voir l’aboutissement du combat pour la représentation des femmes.
Elle considère plutôt cette étape comme un symbole devant contribuer à ouvrir davantage la voie aux autres femmes désireuses de servir leur pays dans les sphères de décision.
« Ma nomination comme Première Ministre est une avancée historique, mais elle ne doit pas être perçue comme l’aboutissement d’un parcours individuel », a-t-elle souligné, estimant que cette évolution doit s’inscrire dans une dynamique collective.
Pour elle, l’enjeu consiste désormais à construire une République dans laquelle les femmes peuvent accéder aux responsabilités en fonction de leurs compétences, de leur mérite et de leur engagement au service de la Nation.
La ministre du Genre, de la Famille et de l’Enfant, Micheline Ombae Kalama, a, pour sa part, salué la détermination des femmes congolaises qui ont contribué à faire progresser la cause de la parité.
La JIFA 2026 a également servi de cadre à la reconnaissance de plusieurs figures engagées dans la défense des droits des femmes. Des diplômes de mérite ont été remis par la Première ministre à des personnalités féminines dont l’action a marqué ce combat, parmi lesquelles Julienne Lusenge, Marie-Madeleine Kalala et Ève Bazaiba.
Le ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya Katembwe, a pris part à cette célébration aux côtés de Judith Suminwa. Sa participation s’inscrit dans la promotion de la masculinité positive, présentée comme l’un des leviers de transformation des rapports entre les hommes et les femmes.
Cette approche rejoint la vision défendue par le président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, en faveur d’une plus grande implication des hommes dans la promotion de l’égalité entre les sexes et la lutte contre les discriminations faites aux femmes.
Organisée conjointement par le Salama Women’s Institute (SAWI) et le Cadre permanent de concertation de la femme congolaise (CAFCO), la JIFA 2026 aura ainsi remis au centre du débat une question qui dépasse la seule représentation numérique : celle de la capacité réelle des femmes à participer à la définition et à la mise en œuvre des politiques publiques en RDC.
Vingt ans après l’inscription de la parité dans les textes, le défi consiste désormais à transformer davantage le principe juridique en réalité institutionnelle et politique.
Christiane Ekambo