La nomination de Fatima Ezzahra El Mansouri à la tête du Gouvernement marque une première historique au Maroc. Elle s’inscrit aussi dans une trajectoire engagée depuis plusieurs années en faveur des droits, de l’autonomisation et de la participation des femmes aux responsabilités publiques.
Le Maroc vient de franchir une nouvelle étape dans l’histoire de la participation des femmes à la vie publique. Le 29 septembre 2026, Sa Majesté le Roi Mohammed VI a nommé Fatima Ezzahra El Mansouri Cheffe du Gouvernement, faisant d’elle la première femme à accéder à cette fonction dans l’histoire du Royaume. La nouvelle Cheffe du Gouvernement a été chargée de former le prochain exécutif, conformément aux dispositions constitutionnelles qui prévoient la nomination du Chef du Gouvernement au sein du parti arrivé en tête des élections à la Chambre des représentants.
Cette nomination donne une portée particulière au chemin parcouru par les femmes marocaines. Elle intervient après plusieurs étapes qui ont progressivement renforcé leur statut juridique, leur autonomie économique ainsi que leur présence dans les institutions et les espaces de décision.
Depuis le début du règne de Mohammed VI, la question de la condition de la femme s’est inscrite dans une dynamique de réformes successives. L’un des tournants majeurs demeure la réforme de la Moudawana, le Code de la famille, adoptée en 2004 sous l’impulsion royale.
Cette réforme a notamment renforcé les droits des femmes au sein de la famille, consacré la responsabilité conjointe des époux, relevé l’âge légal du mariage à 18 ans et encadré davantage la polygamie. Elle a ainsi constitué une étape importante dans l’évolution du statut juridique de la femme marocaine.
Sept ans plus tard, la Constitution de 2011 a donné à cette dynamique une dimension fondamentale. Son article 19 affirme que « l’homme et la femme jouissent, à égalité », des droits et libertés civils, politiques, économiques, sociaux, culturels et environnementaux, tout en consacrant l’objectif de parité entre les femmes et les hommes.
L’égalité entre les femmes et les hommes est ainsi inscrite au cœur de l’ordre constitutionnel marocain.
Des femmes progressivement installées dans les lieux de décision
Cette évolution ne s’est pas limitée au domaine juridique. Elle s’est également traduite par l’accès progressif de femmes marocaines aux plus hautes fonctions de l’État.
Le 29 mars 2000, Zoulikha Nasri est devenue la première femme nommée Conseillère de Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Son parcours, marqué notamment par des responsabilités administratives et sociales de premier plan, a constitué une étape importante dans l’accès des femmes aux cercles de décision du Royaume.
Cette dynamique s’est poursuivie dans plusieurs secteurs de l’administration, de l’économie et de la vie politique.
La représentation parlementaire en fournit également une illustration. Selon les données de la Chambre des représentants, les élections législatives de 2021 ont permis à 96 femmes d’obtenir un siège dans la première Chambre, soit environ 24,3 % des 395 sièges. Cette progression contraste fortement avec la situation de 1993, où seulement deux femmes siégeaient à la Chambre des représentants.
La place de la femme dans la société marocaine ne se mesure toutefois pas uniquement à sa présence dans les institutions politiques.
Depuis le lancement de l’Initiative nationale pour le développement humain en 2005, différents programmes ont contribué à soutenir la formation, l’insertion économique, l’accompagnement et les activités génératrices de revenus au bénéfice des femmes, notamment dans les territoires et auprès des populations vulnérables.
L’objectif poursuivi s’inscrit dans une logique plus large : faire de l’autonomisation économique une composante de l’émancipation sociale et de la participation pleine et entière des femmes au développement du Royaume.
C’est dans cette trajectoire que prend place l’accession de Fatima Ezzahra El Mansouri à la tête du Gouvernement.
Juriste de formation, ancienne maire de Marrakech et ancienne ministre de l’Aménagement du territoire, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la ville, elle devient la première femme à diriger l’Exécutif marocain. Son parti, le Parti de l’Authenticité et de la Modernité (PAM), est arrivé en tête des élections législatives du 23 septembre 2026 avec 97 sièges sur 395, ouvrant la voie à sa nomination et à la formation d’une coalition gouvernementale.
Cette accession constitue donc à la fois une première historique et l’aboutissement d’un processus de longue durée.
Elle donne une traduction concrète au principe d’égalité inscrit dans la Constitution et illustre l’élargissement progressif des espaces de responsabilité accessibles aux femmes marocaines.
Une première, une nouvelle perspective
L’événement dépasse ainsi la seule personne de la nouvelle Cheffe du Gouvernement. Il renvoie à une transformation plus large de la société marocaine, dans laquelle les femmes occupent une place croissante dans la vie politique, économique, sociale et institutionnelle.
La portée symbolique de cette première est d’autant plus forte qu’elle intervient dans le fonctionnement régulier des institutions. La nomination de Fatima Ezzahra El Mansouri intervient après une élection législative et dans le cadre constitutionnel prévu pour la désignation du Chef du Gouvernement.
Elle témoigne ainsi d’une évolution qui s’est construite progressivement : réforme du droit de la famille, consécration constitutionnelle de l’égalité, accès des femmes aux postes de responsabilité, renforcement de leur représentation parlementaire et développement des politiques d’autonomisation.
Pour les générations futures, cette première peut également avoir une portée particulière. Elle contribue à rendre plus concrète l’idée selon laquelle les plus hautes responsabilités publiques peuvent désormais être exercées par des femmes au même titre que par des hommes.
Mais une première historique constitue aussi une responsabilité. Au-delà du symbole, la nouvelle Cheffe du Gouvernement sera désormais jugée sur l’exercice de ses fonctions, la conduite de l’action publique et sa capacité à répondre aux attentes des citoyens.
L’enjeu, à terme, sera précisément que cette première cesse d’être exceptionnelle pour devenir une réalité institutionnelle durable.
Du droit à la responsabilité, de la protection à l’autonomisation, puis de l’autonomisation à la décision : le parcours de la femme marocaine entre ainsi dans une nouvelle phase avec l’accession de Fatima Ezzahra El Mansouri à la tête du Gouvernement.
Christiane Ekambo