Nord-Kivu : Oicha exige le départ de ses autorités locales et des audiences publiques sur les collaborateurs ADF


Réunis en assemblée générale extraordinaire ce lundi 29 septembre 2025, les habitants d’Oicha, chef-lieu du territoire de Beni (Nord-Kivu), ont adressé un message fort aux autorités locales et nationales.

Face à la recrudescence des attaques meurtrières attribuées aux ADF et à l’escalade de la criminalité urbaine, les Forces vives de la société civile ont formulé une série de recommandations chocs, allant jusqu’à menacer de recourir à l’incivisme fiscal pour dénoncer ce qu’elles qualifient de défaillance manifeste de l’autorité de l’État.


Cette assemblée s’est tenue dans un climat de vive tension. La dernière attaque des ADF, survenue vendredi dernier sur la route Oicha-Mamove, a coûté la vie à au moins huit civils, avec plusieurs disparus et un camion de marque Fuso incendié. Une tragédie de trop pour les habitants de cette commune située dans une zone sous haute militarisation depuis des années, sans que cela n’empêche les incursions armées.


« L’Assemblée générale a demandé à nos autorités d’aller au-delà des RAD, en identifiant des volontaires au sein de la population, de les former et de les doter d’armes afin d’appuyer nos services de sécurité », a déclaré Isaac Kavalami, président de la société civile noyau d’Oicha, en marge de la rencontre.


Au cœur des recommandations figure le départ immédiat de la bourgmestre de la commune d’Oicha, accusée de mauvaise gouvernance, ainsi que celui du commandant de la Police nationale congolaise du territoire de Beni, pointé du doigt pour son inaction.


L’assemblée réclame également l’organisation d’audiences publiques sur les dossiers des collaborateurs présumés des ADF, soulignant la nécessité pour la population d’obtenir la vérité, de faire le deuil et de tirer les leçons de cette crise.


Vers une mobilisation populaire et la cessation du paiement des taxes


Parmi les résolutions les plus radicales figure la préparation d’une pétition visant à suspendre le paiement des taxes locales tant que la sécurité ne sera pas rétablie. Pour les organisateurs, il est impensable de continuer à contribuer fiscalement alors que les citoyens sont laissés à eux-mêmes.


Un appel a également été lancé aux chefferies coutumières afin qu’elles s’impliquent davantage dans les démarches de pacification et dans la mobilisation communautaire. La société civile appelle par ailleurs à une union élargie des Forces vives du Grand Nord pour coordonner les efforts en faveur d’une solution durable.


La population d’Oicha s’interroge aussi sur l’efficacité réelle de la surmilitarisation de leur zone.


« L’Assemblée a réfléchi avec la population, et tous se sont interrogés sur les fondements de cette surmilitarisation, sur ses résultats concrets et sur la responsabilité de l’État », a précisé Isaac Kavalami.

Ce cri de colère des habitants d’Oicha résonne comme un ultimatum lancé à l’État congolais. Alors que les attaques se poursuivent, la population semble décidée à ne plus rester spectatrice. Les résolutions prises ce 29 septembre pourraient marquer un tournant dans la manière dont les communautés locales comptent s’impliquer dans leur propre sécurité.


Les autorités locales et nationales réagiront-elles aux revendications des habitants d’Oicha ? L’incivisme fiscal sera-t-il réellement appliqué ? Et quelles conséquences pour la gouvernance locale dans cette zone déjà instable ? Autant de questions qui, pour l’heure, restent sans réponse.


Gloire Tsongo, Beni

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