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RDC: lutte pour la démocratie, que des dictateurs au front!


Le monde vient de célébrer, ce samedi 15 septembre 2018, la journée internationale de la démocratie. L’occasion est indiquée pour faire une critique sur l’évolution de cette dernière, mieux sur ceux qui mènent cette lutte en République Démocratique du Congo. Au pays de Lumumba, le concept «démocratie» est, dans les faits, assis sur des principes tout autres que ceux que prônaient les grands penseurs français, dont les idées ont amené à de grandes révolutions à travers le monde.
Ici, les soldats de la démocratie dirigent tous -ou presque- leurs formations politiques en petits dictateurs. La contradition y est perçue généralement comme une forme de rébellion ou, pire, une trahison. Autorité morale, Président-fondateur, Secrétaire général, Coordonnateur,… peu importe le titre, ils règnent sur leurs partis comme Pharaon sur lEgypte; en petits dieux, inamovibles et incontestables, infectés d’un égocentrisme caractériel aigü.
Voilà qui fait que ceux qui ont des ambitions politiques sentent la nécessité de créer leurs propres partis à l’instar des pasteurs avec les églises qui pillulent telles des champignons dans les rues insalubres de Kinshasa.
Dans ce contexte, il est autant difficile de voir l’Opposition se choisir un candidat commun que de voir les acteurs politiques s’entendre en citoyens matures sur de petites questions qui divisent ou, pour le pays, d’avoir un dirigeant qui mettrait l’intérêt général avant son ventre insatiable.
Il va sans dire qu’il est inutile dans cette analyse de s’attarder sur le cas du Maréchal Mobutu Sese Seko, dont le parti le Mouvement populaire pour la Révolution -MPR-, du reste Parti-Etat, dans lequel tous s’identifiaient en la personne, à la vision, voire aux caprices du Président-Fondateur, Timonier et Chef de l’Etat. Cest Mobutu qui décidait de ce qui était bien pour son peuple, à vrai dire, pour son pouvoir.
Qu’à cela ne tienne, prenons le cas de celui que d’aucuns reconnaissent comme «Père de la démocratie RD-congolaise». Etienne Tshisekedi wa Mulumba. Côte à côte ou face à face, lui et son histoire, ont toujours été, dans une certaine mesure, liés à Mobutu, et le resteront. De la fin des années 1980 à février 2016, date de sa mort, Tshisekedi est celui qui, dans la mémoire collective, aura incarné le mieux la lutte pour l’instauration de la démocratie en RD-Congo, mettant mal à l’aise le pouvoir de Joseph Désiré Mobutu, puis celui de Joseph Kabila.
Mais qu’en est-il de l’expression “démocratique” au sein de son propre parti, l’UDPS? Ce parti fondé par les 13 parlementaires transfuges du MPR, a-t-il été dans sa gestion un modèle en la matière? Difficile d’y répondre à l’affirmatif tant il est vrai que jusqu’à sa mort, Etienne Tshisekedi, fort de cette admiration que lui portait une partie de la population, a fini par confondre sa propre volonté et ses humeurs à la volonté du peuple. Ecrasant les co-fondateurs du parti sous son poids politique indéniable et son caractère bien trempé, ceux-ci n’ont eu d’autres choix que de se désolidariser de lui, l’un après l’autre.
Pendant plus de trente ans, sur une échelle plus reduite, l’homme a été seul maître à bord, un peu comme Mobutu sur le Zaïre. Président de l’UDPS à vie sans l’avoir décrété, aucun choix n’avait de valeur s’il ne venait de lui ou ne rencontrait son assentiment, souvent exposé à un tempérament changeant. Très peu de place était laissée au débat. À la suite de sa mort, une élection fantoche a porté sans surprise son fils Félix Tshisekedi à la tête du parti.
Un autre exemple: Antoine Gizenga Fundji et le Parti lumumbiste unifié -PALU.
De sa création à ce jour, le parti n’aura connu qu’un seul Secrétaire général qui n’est autre que l’initiateur du parti, le Patriarche Antoine Gizenga, lui-même. Qu’il soit retranché à Buma ou aujourdhui à Mont Fleury, le patriarche se fait représenté dans la gestion quotidienne du parti par un Secrétaire permanent. Il s’agit, depuis un temps, de son fils Lugi Gizenga.
À 92 ans, Antoinne Gizenga qui, il y a près de 10 ans, ployant sous le poids de l’âge, avait laissé à Adolphe Muzito sa place à la Primature. Mais, le même Gizenga a été présenté en 2018, par le PALU, comme candidat à la présidentielle. Acte posé pour casser les ambitions présidentielles d’Adolphe Muzito, mal perçues par le sérail du patriarche. Le fait d’exprimer ses ambitions a valu à Muzito une suspension du parti avant de lui coûter sa candidature à la prochaine présidentielle.
Dans ce parti fortement tribalisé, le véritable pouvoir est entre les mains d’un seul homme, Antoinne Gizenga. Comme Tshisekedi, avec qui il ne partageait pas une grande amitié, une lettre du Patriarche, cest-à-dire sa volonté, vaut -s’il peut encore écrire et signer- plus que n’importe quel choix opéré par le directoire du PALU.
Difficile d’évoquer le sujet sans parler de Joseph Kabila Kabange. Contrairement aux deux monuments de la politique RD-congolaise susmentionnés, il est à peu près deux fois plus jeune. En plus, lui est président de la RD-Congo depuis bientôt 18 ans. Il a succédé à son père, MZée Laurent Désiré Kabila, le tombeur du régime Mobutu. Pour accompagner son action politique, Joseph Kabila a d’abord créé le Parti du peuple pour la reconstruction et le développement -PPRD.
Bien qu’il n’y est visiblement pas omniprésent, il y est omnipotent. En 2006, à la suite de l’Accord de Sun City, il met le pays sur les rails des élections. Il crée l’Alliance pour la majorité présidentielle -AMP- pour s’assurer la victoire aux élections présidentielles et une Majorité au Parlement. Ce fut fait. En 2011, l’AMP se mue en la Majorité Présidentielle -MP.
Mission s’assurer à Joseph Kabila la victoire à la présidntielle à un tour. Comme toujours, le bloc agit dans le sens des intérêts d’un seul homme, Kabila. Là non plus, il n’y a presque pas de place à la contradiction. Comme Kamerhe bien avant, beaucoup des cadres, notamment ceux qui formeront par la suite le G7, dont Pierre Lumbi, Kamitatu, Charles Mwando Simba,… se verront obligés de partir.
Et en 2018, Kabila crée le Front commun pour le Congo -FCC-, ce grand regroupement qui englobe la MP, ses alliés ainsi que les différents partis d’Opposition représentés au gouvernement d’union nationale,… Bref, près de ¾ des partis accrédités au ministère de l’Intérieur. Autorité morale de la méga-structure, Kabila y exerce un pouvoir absolu.
Seul dans son coin, dans le secrêt le plus absolu, il a fait le choix d’Emmanuel Ramazani Shadari comme dauphin. Toutes les ambitions présidentielles qui s’étaient exprimées, les Bahati de lAFDC, les Matata Ponyo, ancien Premier ministre ou les Aubin Minaku, se sont automatiquement tues, enterrant comme ils peuvent leurs frustrations au plus profond de leurs coeurs.
Beaucoup disent qu’ils restent fidèles à Kabila par instinct de survi politique ou par peur des représailles.
Autre exemple encore, Jean Pierre Bemba Gombo et le Mouvement pour la libération du Congo -MLC. Même au fond de sa prison à la Haye, en Hollande, où il a passé dix ans avant d’être acquitté par la Cour pénale internationale -CPI-, Jean-Pierre Bemba contrôlait absolument tout dans le MLC.
Comme les trois précédents, le MLC a fonctionné et fonctionne de manière à servir les intérêts de l’initiateur. Rien, ni personne, n’a laissé place à l’éclosion d’un nouveau charisme pour donner au parti la chance de mieux affronter la compétition électorale. Le fondateur -soit son fils- ou personne. Une logique, tacite, mais vécue dans tous les partis. La même réalité dans presque tous les partis. À l’UNC, Vital Kamerhe, bien que le débat semble plus ouvert, Kamerhe, le président du parti, est et restera le sempiternel candidat présidentiable du parti, autant que Moïse Katumbi l’est pour Ensemble ou Martin Fayulu pour l’Ecidé, etc.
Voilà qui renvoie à une phrase que prononçait un chef de travaux d’histoire politique du Congo: «En RD-Congo, on a des démocrates mobutistes et des mobutistes démocrates».
Ainsi, comment espérer une vraie démocratie sur une base foncièrement autocratique? Normal donc, en RD-Congo, d’avoir une classe politique incapable de regarder ensemble, peu importe l’approche, vers un idéal commun: le développement du pays. Chez nous, le plus important c’est la satisfaction individuelle. Voilà pourquoi les dialogues attirent de plus en plus, car il est garantie que cela aboutisse à un partage équitable et équilibré du pouvoir. Les soutanes en savent quelque chose. Au peuple de se réveiller.
Hugo Robert MABIALA

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