L’Éthiopie et la République démocratique du Congo partagent bien plus qu’une solidarité historique. Aujourd’hui, leurs relations s’inscrivent dans une dynamique nouvelle, orientée vers la transformation économique, la transition énergétique et le développement durable, dans un esprit de panafricanisme assumé et de coopération Sud-Sud.
Nation millénaire et berceau de l’humanité, l’Éthiopie s’est progressivement imposée comme un acteur majeur de la transformation africaine. Forte de son héritage historique, de sa souveraineté jamais entamée par la colonisation et de son rôle central au sein de l’Union africaine, elle développe un modèle de croissance qui suscite un intérêt croissant chez plusieurs pays africains, dont la RDC.
Les relations entre Kinshasa et Addis-Abeba reposent sur des bases historiques solides. Dès les années 1940, la RDC a soutenu la résistance éthiopienne face à l’agression italienne. Dans les décennies suivantes, l’Éthiopie a contribué à la stabilité congolaise à travers les opérations de maintien de la paix des Nations unies.
Cette proximité se retrouve jusque dans l’espace urbain de Kinshasa, où certaines artères portent des noms symboliques tels que Saio, Gambela ou Assosa, témoignant d’une fraternité africaine durable.
Énergie et industrialisation
Au cœur de la transformation éthiopienne figure la question énergétique. Avec le Grand Barrage de la Renaissance Éthiopienne (GERD), inauguré en septembre 2025, Addis-Abeba a fait de l’hydroélectricité un pilier de sa souveraineté énergétique et de son industrialisation. Ce projet, financé en grande partie par les citoyens éthiopiens, illustre un modèle d’appropriation nationale des grands projets structurants.
Pour la RDC, dotée d’un immense potentiel hydroélectrique encore sous-exploité, notamment avec Inga, l’expérience éthiopienne offre des enseignements précieux en matière de mobilisation nationale, de gouvernance des projets et de diversification du mix énergétique. L’Éthiopie, qui développe également l’éolien, le solaire, la géothermie et un programme nucléaire civil, se dit disposée à partager ses bonnes pratiques avec ses partenaires africains.
L’Éthiopie s’est également distinguée par son leadership climatique à travers l’initiative Green Legacy, lancée en 2019. Ce programme de reboisement massif, qui a conduit à la plantation de dizaines de milliards d’arbres, constitue une réponse africaine concrète aux défis environnementaux mondiaux.
Dans un contexte où la RDC joue un rôle clé dans la préservation du bassin du Congo, deuxième poumon vert de la planète, les deux pays apparaissent comme des partenaires naturels pour défendre une vision africaine de la protection de l’environnement, conciliant conservation, développement économique et bien-être des populations.
Sur le plan économique, l’Éthiopie a engagé des réformes structurelles majeures, ouvrant des secteurs stratégiques tels que les télécommunications, l’énergie, la logistique et les zones économiques spéciales aux investissements privés. Cette expérience résonne avec les ambitions congolaises de diversification économique et d’industrialisation.
La coopération RDC–Éthiopie pourrait ainsi s’intensifier dans les domaines des zones économiques spéciales, de l’agro-industrie, de la formation technique et du développement des infrastructures, en s’appuyant sur des échanges d’expertise et des partenariats institutionnels.
L’un des axes concrets de la coopération bilatérale concerne le secteur de l’aviation, avec un partenariat visant le renforcement des compétences de la jeunesse congolaise. Ce volet illustre une relation qui dépasse le cadre institutionnel pour toucher au développement du capital humain, facteur clé de la transformation des deux pays.
Diplomatie et panafricanisme
Selon S.E. Mekuria Getachew Worku, ambassadeur de la République fédérale démocratique d’Éthiopie auprès de la RDC, la coopération entre les deux pays s’inscrit dans une vision fondée sur le panafricanisme, la solidarité africaine et le partage d’expériences. Addis-Abeba se dit prête à accompagner Kinshasa dans des domaines clés tels que les énergies renouvelables, l’agriculture, les infrastructures urbaines et rurales, ainsi que les échanges culturels.
À l’heure où l’Afrique cherche à bâtir des modèles de développement endogènes et résilients, le rapprochement entre la RDC et l’Éthiopie apparaît comme un partenariat stratégique à fort potentiel, capable de contribuer à une transformation continentale portée par les Africains eux-mêmes.
Rédaction/Source: Amba. Ethiopie en RDC