« Ceuta est espagnole ». À Madrid, le message se veut sans ambiguïté. Mais à mesure que les autorités espagnoles réaffirment la souveraineté de l’Espagne sur cette ville située sur la côte nord-africaine, elles contribuent aussi, paradoxalement, à remettre en lumière une question que Rabat considère comme historique : celle des enclaves de Ceuta et Melilla.
Le gouvernement espagnol a encore récemment réaffirmé son attachement à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de l’Espagne concernant Ceuta et Melilla. Le Premier ministre Pedro Sánchez a notamment présenté Ceuta comme une partie de l’Espagne située sur le continent africain.
Mais pour le Maroc, cette lecture ne saurait clore le débat.
Le ministre marocain de la Justice, Abdellatif Ouahbi, a récemment rappelé que Ceuta et Melilla constituent, du point de vue marocain, un « droit historique et géographique ». Il a appelé à l’ouverture de canaux de dialogue avec Madrid, notamment à travers la création d’une commission chargée de réfléchir à l’avenir de ces deux villes.
Cette approche traduit la volonté de Rabat de maintenir la question dans le champ du dialogue politique et diplomatique.
Le Maroc considère ainsi que la proximité géographique de Ceuta et Melilla avec son territoire, ainsi que leur histoire, justifient la poursuite des discussions sur leur statut et leur avenir.
C’est dans ce contexte qu’un message diffusé sur les réseaux sociaux estime que la répétition du slogan « Ceuta est espagnole » pourrait produire un effet contraire à celui recherché par Madrid.
Selon cette lecture, plus l’Espagne insiste sur le caractère prétendument définitif du statut de Ceuta, plus elle attire l’attention sur la singularité de la situation : une ville administrée par un État européen, mais située géographiquement en Afrique du Nord, au contact direct du Maroc.
L’argument est simple : vouloir banaliser une situation particulière peut parfois contribuer à la rendre davantage visible.
Le dossier de Ceuta et Melilla ne se limite pas à une question de frontières. Il touche également aux relations historiques, géographiques et stratégiques entre le Maroc et l’Espagne.
Les récents échanges entre Rabat et Madrid montrent d’ailleurs que cette question demeure sensible. Alors que le Maroc appelle au dialogue, le gouvernement espagnol continue de rejeter toute remise en cause de sa souveraineté sur les deux villes.
Cette divergence n’empêche cependant pas les deux pays de maintenir une coopération importante sur d’autres dossiers, notamment la sécurité, la migration et la gestion de leur frontière commune.
Pour le Maroc, la question de Ceuta et Melilla reste donc ouverte sur le plan historique et politique. La démarche défendue par Rabat privilégie la discussion et la recherche d’une solution permettant de régler durablement cette question.
Dans cette perspective, les déclarations répétées de Madrid sur le caractère espagnol de Ceuta ne mettent pas nécessairement fin au débat. Elles pourraient au contraire contribuer à maintenir sous les projecteurs une question que le Maroc entend continuer à porter sur le terrain diplomatique.
À force de vouloir fermer le débat, Madrid risque ainsi de rappeler au monde pourquoi celui-ci existe toujours.
Journal Des Nations