L’ONG Journalistes en Danger (JED) tire la sonnette d’alarme après les agressions physiques de deux professionnels des médias à Oïcha, au Nord-Kivu, et à Bafwasende, dans la province de la Tshopo. Survenues en l’espace de 48 heures, ces violences seraient liées à leur travail d’information et de sensibilisation sur l’épidémie d’Ebola.
L’ONG Journalistes en Danger (JED) a signalé deux nouveaux cas de violences contre des professionnels des médias dans les zones affectées par l’épidémie de maladie à virus Ebola en République démocratique du Congo. Dans son alerte, l’organisation fait état des agressions dont ont été victimes Mbusa Vagheni Jackson, journaliste à Oïcha, et Finance Sianga Bilanga, de la Radiotélévision Bafwasende (RTBD), dans des circonstances qui soulèvent de sérieuses inquiétudes sur la sécurité des acteurs de l’information.
Le premier incident remonte à la soirée du mercredi 4 novembre 2026. Mbusa Vagheni Jackson, rédacteur en chef de la Radio du peuple Oïcha (Radio UMA), aurait été attaqué par un groupe de plus de six individus au quartier Masosi, dans la commune de Mamundioma, à Oïcha, au Nord-Kivu.
Selon son témoignage rapporté dans l’alerte de JED, ses agresseurs lui reprochaient de diffuser de prétendues fausses informations sur Ebola. Alors qu’il tentait de quitter les lieux pour éviter une confrontation, il aurait reçu un coup de poing avant d’être violemment roué de coups. Ses agresseurs lui auraient ensuite retiré ses vêtements, ligoté les bras à l’aide de son singlet et abandonné au sol.
Secouru par des passants une trentaine de minutes plus tard, le journaliste a été conduit dans une structure sanitaire du quartier Masosi. Il a été libéré le jeudi 5 novembre. Au cours de cette agression, une somme d’au moins 200 000 francs congolais ainsi que l’un de ses téléphones auraient également disparu. D’après les informations relayées, un présumé auteur aurait été interpellé par la police.
Le deuxième cas concerne Finance Sianga Bilanga, journaliste à la Radiotélévision Bafwasende (RTBD), dans la province de la Tshopo. Le jeudi 5 novembre 2026, un groupe de jeunes non identifiés aurait fait irruption dans les locaux de sa station, situés sur la 14e avenue Ipakala, au quartier Maway, à Bafwasende, pour s’en prendre directement à lui. Cette attaque serait notamment liée à son implication dans les activités de sensibilisation contre Ebola.
Cette agression constitue la deuxième attaque visant le journaliste en l’espace de deux semaines. Le 24 octobre dernier, il avait déjà été pris à partie sur la 13e avenue, alors qu’il participait à une réunion familiale organisée à l’occasion du deuil d’un infirmier tué dans la région. Lors de cette première attaque, des individus auraient tenté de le tuer à coups de machette. Il n’aurait dû son salut qu’à l’intervention de jeunes du voisinage et d’auditeurs de sa radio.
Ces agressions surviennent dans un contexte marqué par des résistances communautaires aux activités de riposte contre Ebola dans certaines zones touchées par l’épidémie. Les équipes sanitaires et les acteurs chargés de la sensibilisation font face à des comportements hostiles, favorisés notamment par la circulation de rumeurs et de fausses informations.
À Oïcha, le coordonnateur zonal de la riposte avait déjà fait état d’incidents visant les intervenants sanitaires, notamment des attaques contre des ambulances de l’Hôpital général de référence, des agressions contre des agents chargés de l’alerte communautaire ainsi que des manifestations de résistance aux interventions médicales.
À Bafwasende, les tensions autour de la riposte ont également été exacerbées par l’assassinat d’un infirmier impliqué dans les activités sanitaires, entraînant notamment l’interruption de certaines interventions.
Dans ce climat difficile, les journalistes jouent pourtant un rôle déterminant. À travers la diffusion d’informations vérifiées, la lutte contre les rumeurs et l’explication des mesures de prévention, ils contribuent à rapprocher les communautés des équipes de riposte et à renforcer la compréhension des enjeux sanitaires.
Les deux agressions signalées viennent renforcer les préoccupations déjà exprimées par Journalistes en Danger dans son rapport annuel 2026, intitulé « Rumeurs, légendes et complotisme sur Ebola : les médias sous pression face au virus de la désinformation ».
Dans ce document, l’organisation met en évidence les difficultés rencontrées par les professionnels des médias dans le traitement de l’épidémie, notamment face à la propagation des rumeurs, aux théories complotistes et à la méfiance d’une partie de la population envers les informations sanitaires. Le rapport souligne également les pressions qui pèsent sur les médias dans l’accomplissement de leur mission d’information et de sensibilisation.
Les cas de Mbusa Vagheni Jackson et de Finance Sianga Bilanga illustrent ainsi les dangers auxquels s’exposent les journalistes lorsqu’ils abordent des questions de santé publique dans un environnement marqué par la défiance et les tensions communautaires.
Face à cette situation, JED rappelle que les journalistes doivent pouvoir exercer leur profession librement et en toute sécurité. Informer sur une épidémie, vérifier les faits et sensibiliser les populations constituent des missions d’intérêt public qui ne sauraient justifier des actes de violence à l’encontre de ceux qui les accomplissent.
L’organisation appelle les autorités compétentes à prendre des mesures urgentes pour garantir la sécurité des professionnels des médias, faire toute la lumière sur ces agressions et traduire les auteurs présumés en justice.
Au-delà des atteintes à l’intégrité physique des journalistes, ces violences menacent également le droit des populations à accéder à une information fiable. Dans un contexte de crise sanitaire comme celui d’Ebola, la protection des professionnels des médias demeure ainsi un enjeu majeur pour la liberté de la presse et l’efficacité des efforts de lutte contre la propagation de la maladie.
Journal des Nations